Arrêter de travailler à 62 ans en touchant l’équivalent d’une retraite à taux plein : les députés ont voté dans ce sens le jeudi 22 octobre 2026, en adoptant un amendement écologiste au budget de la Sécurité sociale pour 2027, rapporte Capital. Pour qui se dit « j’avais cotisé pour mieux » devant une date de départ repoussée à 64 ans, la nouvelle circule vite mais le texte crée un congé rémunéré par l’employeur et aucune caisse de retraite ne verse de pension. Selon Moneyvox, l’adoption définitive du budget est hautement improbable.
Ce que prévoit l’amendement de Sandrine Rousseau
L’amendement porte le nom de la députée écologiste Sandrine Rousseau. Il crée un « congé anticipé de départ en retraite » (Moneyvox écrit « congé anticipatoire ») dont la mécanique tient en quatre points :
- le salarié a au moins 62 ans ;
- il a validé 168 trimestres, soit 42 années d’assurance ;
- il cesse de travailler et reçoit de son employeur une somme équivalente à sa future pension de retraite à taux plein jusqu’à l’âge légal de départ ;
- l’entreprise obtient en contrepartie des réductions de cotisations sociales.
Le dispositif contourne le relèvement de l’âge légal à 64 ans, instauré par la réforme Borne de 2023, sans l’abroger formellement. Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 avait déjà suspendu en partie ce relèvement.
Une retraite à taux plein à 62 ans ? Le texte prévoit un salaire d’employeur
Un salaire calé sur le montant d’une pension et versé par l’entreprise : voilà ce que décrit le texte. Pour qui cherche une retraite à taux plein à 62 ans, la nuance compte : la pension de référence ne sert que de base de calcul au versement des sommes dues par l’employeur.
Plusieurs questions restent sans réponse dans les deux articles consultés. Les trimestres continueraient-ils à se valider pendant le congé et les points Agirc-Arrco à s’accumuler ? La décote, fixée à 0,625 point par trimestre manquant pour les salariés du privé selon Service-Public, s’appliquerait-elle à un salarié qui reprendrait le fil de sa carrière à l’âge légal ? Un salarié qui bâtit son projet sur ce dispositif devra attendre le texte final, qui n’existe pas encore.
Qui peut y prétendre : le calcul des 168 trimestres
168 trimestres, c’est 42 ans d’assurance validée à 62 ans. Quatre trimestres se valident par année complète : 42 années pleines supposent une entrée en emploi stable vers 20 ans, un profil proche de celui des carrières longues. Les parcours qui démarrent après de longues études ou comptent des années creuses n’atteindraient pas ce seuil à 62 ans. La seule lecture fiable reste celle du relevé de carrière et de l’estimation indicative globale sur Info Retraite, qui chiffrent le montant de la future pension servant de base au versement.
Qui finance : l’employeur avance, la Sécurité sociale absorbe
Les auteurs de l’amendement estiment que les réductions de cotisations pourraient correspondre intégralement aux sommes versées aux salariés. L’entreprise ne perd donc rien dans ce schéma. Le financement repose en dernier ressort sur la Sécurité sociale, dont les recettes diminueraient d’autant. Le coût pour les finances sociales n’a pas été annoncé.
Le rapporteur général du budget de la Sécurité sociale, Thibault Bazin (LR), a pointé l’angle mort le plus concret.
« Qu’est-ce qui se passe si l’employeur est en défaut et qu’il disparaît ? »
Il a ajouté que la mesure pourrait « se retourner potentiellement contre les assurés sociaux ». La durée d’exposition explique son inquiétude : avec un âge légal de 64 ans, un salarié qui entre dans le congé à 62 ans reste tributaire de son employeur pendant deux ans au maximum. Un salaire de substitution dépend entièrement de la santé de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas d’une pension de caisse. Les petites structures, qui comptent moins de trésorerie pour absorber un tel engagement, concentreraient le risque. Les deux comptes rendus ne citent aucun mécanisme de garantie en cas de défaillance de l’employeur.
Pourquoi l’entrée en vigueur paraît très lointaine
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a réagi vivement : « Les entreprises vont se séparer des gens avant qu’ils atteignent ce seuil. » Il redoute une pénalisation de l’emploi des seniors. Le groupe Ecologiste et Social a salué une « immense victoire pour des millions de travailleuses et de travailleurs » et demande au gouvernement de ne pas effacer ce vote pendant la suite de l’examen budgétaire.
Le budget qui contient l’amendement reste à adopter. Dans une Assemblée très divisée, Moneyvox ne voit guère de chance que ce budget passe en l’état. Le reste du budget, revalorisation des pensions comprise : pourquoi la baisse programmée jusqu’en 2030 inquiète.
Que faire en attendant
Rien à souscrire : aucun PER ni aucun produit d’épargne ne se rattache à ce texte.
Les voies de départ anticipé du droit en vigueur restent les seules praticables. La carrière longue, ouverte dès 58 ans sous conditions, en est la plus connue ; la retraite progressive permet de réduire son temps de travail sans attendre le taux plein. Le chiffre à vérifier tout de suite est celui des trimestres. Ouvrez votre relevé de carrière et comparez les trimestres validés aux 168 que fixe l’amendement.