Surcote parentale : 80 000 mères risquent de la perdre

Femme examinant des documents financiers à sa table de cuisine
Elle fait le point sur ses documents avec attention, dans le calme de sa cuisine.

Votre simulation affichait jusqu’à 5 % de pension en plus grâce à vos enfants : la ligne a-t-elle disparu ? Pour une mère née entre le 1er janvier 1964 et le 31 mars 1965, la réponse est probablement oui. Son âge légal de départ est tombé à 62 ans et 9 mois avec la suspension de la réforme, alors que la surcote parentale exige un âge légal d’au moins 63 ans. La majoration de 5 % maximum sur la pension de base ne se déclenche donc plus. Les estimations du Monde, relayées en octobre 2026 par Pleine Vie, chiffrent entre 50 000 et 80 000 les femmes touchées.

Les mères nées entre janvier 1964 et mars 1965

Vous êtes née en février 1964, vous avez élevé deux enfants et votre relevé de carrière affiche déjà tous les trimestres du taux plein. Le périmètre couvre une fenêtre de 15 mois, du 1er janvier 1964 au 31 mars 1965, celle des générations dont l’âge légal a été ramené à 62 ans et 9 mois par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

L’âge n’est qu’une des conditions. Il faut aussi au moins un trimestre de majoration de durée d’assurance pour un enfant (maternité ou adoption) et la durée d’assurance du taux plein atteinte avant l’âge légal. Les sources consultées ne disent pas combien des 50 000 à 80 000 femmes cochent aussi ces deux cases.

Pourquoi trois mois d’âge légal font tout basculer ?

Parce que la surcote parentale n’existe qu’à partir de 63 ans d’âge légal, alors que la génération 1964 est passée à 62 ans et 9 mois. Elle date de la loi du 14 avril 2023, la réforme Borne. Elle compense le recul de l’âge légal : les trimestres pour enfants ne dispensent pas toujours une mère d’une année de travail de plus. Le dispositif majore la pension de base de 1,25 % par trimestre cotisé durant l’année qui précède l’âge légal, dans la limite de 5 %. Un décret place le seuil à 63 ans d’âge légal.

Quand le gel de la montée en charge a ramené la génération 1964 à 62 ans et 9 mois, elle est passée sous le seuil, de trois mois exactement. Le dispositif reste en vigueur mais son déclencheur a disparu pour ces assurées.

Âge légal de départ par génération avant et après la suspension, avec l’accès à la surcote parentale
Génération Âge légal avant suspension Âge légal après suspension Seuil de 63 ans atteint
Née en 1964 63 ans 62 ans et 9 mois Non
Née de janvier à mars 1965 63 ans et 3 mois 62 ans et 9 mois Non
Née d’avril à décembre 1965 63 ans et 3 mois 63 ans Oui
Née de 1966 à 1968 63 ans et 6 mois à 64 ans 63 ans et 3 mois à 63 ans et 9 mois Oui

Le ministère du Travail a confirmé le 24 septembre 2026, dans une réponse rapportée par Pleine Vie, que la condition des 63 ans reste en vigueur et qu’elle joue désormais à partir des naissances du 1er avril 1965.

Ce que la perte représente en euros

5 % de 1 750 € brut par mois, cela fait 87,50 € mensuels, soit 1 050 € par an. Cette pension de base de 1 750 € est une hypothèse de calcul, hors retraite complémentaire. La majoration serait définitive : elle suivrait la retraitée jusqu’au bout.

« Pour trois mois, les femmes concernées perdront définitivement une majoration pouvant atteindre 5 % de leur pension de base. » (Didier Padey, député de Savoie, question écrite n° 17411, juillet 2026)

Le même élu précise que cette majoration se cumule avec celle accordée aux parents de trois enfants (10 %), ce qui porterait le total à 15 % de pension de base. Du côté de l’Agirc-Arrco, les majorations pour enfants suivent d’autres règles, abordées dans notre article sur la réversion Agirc-Arrco.

À lire absolument :   Abattement de 10 % des retraités : la réforme 2026 n’a pas eu lieu

Le plafond de 80 000 reste une estimation haute. La question écrite du 28 juillet 2026 parle de « plus de 50 000 » femmes. Aucun décompte précis n’accompagne ces fourchettes.

La surcote classique comme solution de repli

Rester en activité après l’âge légal, une fois le taux plein atteint, ouvre la surcote de droit commun : 1,25 % de pension de base en plus par trimestre cotisé. Pour la génération 1964, elle démarre à 62 ans et 9 mois.

Le calcul, sur les mêmes 1 750 € brut, donne des écarts nets. Tenir un trimestre de plus, jusqu’à 63 ans, rapporte 1,25 % : environ 22 € par mois. Atteindre 5 % suppose quatre trimestres, donc un départ à 63 ans et 9 mois. Avec l’ancienne surcote parentale, la même majoration arrivait à 63 ans. L’écart représente neuf mois de travail. Ce raisonnement reste indicatif ; la Carsat chiffre le cas réel. Les règles de cumul entre les deux surcotes sont à confirmer auprès de la Carsat.

Ce calcul ne tient pas lieu de conseil de carrière : travailler une année de plus dépend du salaire et de la santé. Partir dès 62 ans et 9 mois reste possible. Sans le taux plein, un départ à cet âge s’accompagne d’une décote de 0,625 % par trimestre manquant.

Les points à contrôler avant de fixer sa date de départ

  • La date de naissance exacte : un 31 mars 1965 reste dans le périmètre, un 1er avril 1965 en sort.
  • Le relevé de carrière sur Info Retraite : au moins un trimestre de majoration pour enfant doit y figurer.
  • La date à laquelle le taux plein est atteint, qui doit précéder l’âge légal de 62 ans et 9 mois.
  • La date de l’estimation : une simulation d’avant la suspension peut encore afficher la surcote.

Les autres mesures de septembre 2026 pour les mères sont dans notre article sur la retraite des femmes.

Aucune correction annoncée à ce jour

Deux questions écrites de députés, le n° 16294 du 23 juin 2026 et le n° 17411, demandent un correctif ; la réponse ministérielle du 24 septembre n’annonce aucune modification. Un autre chantier touche les familles : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 prévoit de remplacer la majoration de 10 % pour trois enfants par un forfait, au montant inconnu au 14 octobre 2026, pour les pensions prenant effet à partir du 1er juillet 2027. Le calendrier général de la suspension est décrit dans notre point sur la suspension de la réforme des retraites.

Ouvrez votre relevé sur Info Retraite et demandez à votre Carsat deux simulations écrites, l’une à 62 ans et 9 mois, l’autre à 63 ans et 9 mois, avant de déposer votre demande.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À lire également