Votre future pension à 64 ans affiche 1 850 € brut alors que vous aviez cotisé pour mieux : combien de ces chiffres viennent des années à temps partiel ou en congé maternité ? Depuis le 1er septembre 2026, deux mesures techniques issues de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 modifient concrètement le calcul des droits à la retraite des mères. La première intègre jusqu’à deux trimestres liés aux enfants dans les périodes réputées cotisées pour les carrières longues. La seconde recalcule le salaire annuel moyen sur 24 ou 23 meilleures années de carrière, contre 25 jusqu’ici. Ces ajustements ne touchent pas toutes les mères de la même façon.
Deux trimestres enfants reconnus comme cotisés pour les carrières longues
Jusqu’à l’été 2026, les trimestres de majoration de durée d’assurance (MDA) accordés pour maternité, éducation ou adoption étaient comptabilisés dans la durée d’assurance totale mais pas dans les périodes réputées cotisées. Cette nuance est déterminante pour le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue, qui exige un certain nombre de trimestres effectivement cotisés pour ouvrir un départ avant l’âge légal.
À partir du 1er septembre 2026, jusqu’à deux trimestres MDA liés aux enfants peuvent entrer dans le décompte des périodes réputées cotisées. La mesure concerne les trimestres issus de la maternité, de l’éducation, de l’adoption et du congé parental. Elle s’applique uniquement pour les enfants nés ou adoptés à partir du 1er janvier 2026.
Selon les estimations gouvernementales citées par MoneyVox (mai 2026), entre 6 000 et 12 000 assurées supplémentaires pourraient bénéficier chaque année du dispositif carrière longue grâce à cette ouverture. Ce sont des femmes qui se retrouvaient à un ou deux trimestres du seuil requis, bloquées par l’absence de reconnaissance de leurs MDA dans le décompte cotisé.
La condition d’éligibilité reste stricte. Il faut avoir commencé à travailler tôt, rempli les conditions de durée cotisée totale du régime carrière longue et avoir eu des enfants après janvier 2026. Pour les cohortes 1963-1970, le gel de la réforme Borne 2023, qui suspend l’augmentation de l’âge légal entre le 1er septembre 2026 et le 1er janvier 2028, ouvre aussi une fenêtre de départ 3 à 6 mois plus tôt que prévu initialement.
Le calcul du salaire annuel moyen passe à 24 ou 23 meilleures années
La mesure qui touche le plus grand nombre porte sur le salaire annuel moyen (SAM), base de calcul de la pension dans le régime général. À partir du 1er septembre 2026, il est déterminé différemment selon le nombre d’enfants :
- Mères d’un enfant : le SAM est calculé sur les 24 meilleures années de carrière (au lieu de 25 auparavant).
- Mères de deux enfants ou plus : le SAM est calculé sur les 23 meilleures années.
- Pères et assurés sans enfant : le calcul reste sur les 25 meilleures années.
Les années les moins bien rémunérées, souvent celles des congés maternité, des temps partiels ou d’une interruption de carrière, peuvent sortir du calcul. Selon les estimations du gouvernement reprises par MoneyVox, cette évolution augmenterait en moyenne d’environ 1% la pension des femmes ayant eu des enfants. Un point de pourcentage peut paraître modeste ; sur une pension de 1 750 € brut, il correspond à 17,50 € supplémentaires par mois, soit 210 € par an.
La mesure s’applique aux pensions liquidées à compter du 1er septembre 2026, pour les assurées nées à partir de 1970. Les femmes déjà à la retraite ne sont pas concernées.
La surcote parentale, un levier peu connu à partir de 63 ans
La surcote parentale existe depuis la réforme Borne 2023. Peu visible dans les simulations d’Info Retraite, elle concerne les parents qui atteignent le taux plein à 63 ans et décident de continuer à travailler jusqu’à 64 ans. Chaque trimestre travaillé dans cet intervalle ouvre droit à une majoration de 1,25% de la retraite de base, plafonnée à 5%. Sur 1 750 € brut, c’est 21,87 € de plus par mois. Condition : avoir obtenu au moins un trimestre de MDA pour enfant. La surcote reste peu utilisée parce que beaucoup de mères ignorent qu’elles ont atteint le taux plein avant l’âge légal.
Ce que ces mesures ne résolvent pas
L’écart de pension entre femmes et hommes atteint environ 40% en France selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES, rapport 2024 sur les retraités). Cet écart tient à l’ensemble d’une carrière : salaires plus bas, temps partiels plus fréquents, interruptions plus longues. Les deux mesures du 1er septembre 2026 corrigent les effets d’une règle de calcul, pas les causes de l’écart.
Avant de conclure que les mères sont enfin reconnues, regardons les chiffres : +1% de pension en moyenne et 6 000 à 12 000 femmes concernées par la carrière longue chaque année, sur plusieurs millions de nouvelles retraitées annuelles. L’impact réel reste ciblé sur les profils qui cumulent deux conditions rarement réunies : carrière commencée tôt et enfants nés après janvier 2026.
Les trimestres MDA pour les enfants nés avant 2026, ceux de la grande majorité des mères concernées aujourd’hui, ne bénéficient pas de la mesure carrière longue. Ce point figure rarement dans les articles grand public sur le sujet, alors qu’il conditionne l’éligibilité réelle.
La règle des 25 meilleures années avait été posée par la loi Fillon 2003. Passer à 23 ou 24 ans pour les mères n’efface pas les 15 ou 20 années de carrière qui ont pesé sur l’AGIRC-ARRCO, calculée sur les points acquis trimestre par trimestre, sans notion de « meilleures années ». Et l’AGIRC-ARRCO, qui verse la retraite complémentaire, compte pour 35 à 45% du montant total de pension chez les salariées du privé selon les profils. Une correction sur la partie de base laisse l’autre moitié du calcul inchangée.
La mesure SAM ne s’applique qu’aux pensions liquidées à partir du 1er septembre 2026. Les femmes qui avaient déjà liquidé leur retraite avant cette date ne bénéficient d’aucun recalcul rétroactif. La nuance touche pourtant toutes celles qui ont différé leur départ en espérant une correction du calcul.
Comment vérifier votre situation concrètement
Trois démarches à effectuer avant fin 2026 si vous approchez de la soixantaine avec des enfants :
- Téléchargez votre relevé de carrière complet sur Info Retraite (service Mon estimation indicative globale ou EIG). Les trimestres MDA enregistrés à votre nom apparaissent en catégorie « assimilés » ou « majorations ».
- Vérifiez si vos enfants sont nés ou adoptés après le 1er janvier 2026. Si oui, les deux trimestres MDA peuvent compter dans votre durée réputée cotisée pour un départ anticipé. Si non, la mesure carrière longue ne s’applique pas à votre situation.
- Demandez une simulation à votre CNAV ou à votre caisse de retraite complémentaire avec les nouvelles règles SAM (24 ou 23 meilleures années). La simulation en ligne d’Info Retraite devrait intégrer ces paramètres à partir de la rentrée 2026 ; sinon, une demande écrite à la caisse permet d’obtenir une estimation personnalisée.
La règle des trimestres réputés cotisés liés aux enfants est détaillée dans le décret d’application publié au Journal officiel du 8 mai 2026, consultable sur Légifrance.