Le 9 avril 2026, la déclaration de revenus a ouvert. Pour 17 millions de retraités, cette date ne signifie pas seulement une démarche administrative. Elle déclenche un calcul automatique qui modifiera le montant prélevé sur leur pension dès septembre. Pas une décision politique. Pas une réforme votée en urgence. Un mécanisme fiscal en place depuis 2019 qui, cette année, frappe plus fort à cause de la revalorisation des pensions de 2024.
Deux mécanismes distincts, deux dates : ce que la plupart des retraités ne distinguent pas
La confusion est fréquente. Quand une pension nette baisse, les retraités pensent souvent à une décision politique : une taxe nouvelle, une réforme votée. En 2026, deux mécanismes techniques différents expliquent les variations observées. Les mélanger conduit à de mauvaises décisions.
Premier mécanisme : la contribution sociale généralisée (CSG). Ses seuils ont été revalorisés de +1,8 % au 1er janvier 2026, ce qui correspond à l’évolution de l’inflation. Les taux applicables restent inchangés : exonération, 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 % selon le niveau de revenu fiscal de référence. Nouveauté 2026 : la mise à jour de la CSG intervient désormais dès janvier, avec application immédiate sur la pension Agirc-Arrco. Avant, elle s’appliquait en septembre.
Deuxième mécanisme : le prélèvement à la source (PAS). Son taux, calculé sur les revenus 2024, est transmis aux caisses de retraite par la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Ce taux sera mis à jour en septembre 2026, sur la base de la déclaration déposée en avril. C’est là que le changement d’avril agit, non pas immédiatement mais en différé.
Pourquoi la revalorisation de 2024 frappe en 2026
Les pensions de base ont augmenté de +5,3 % en 2024. Ce chiffre est au cœur du problème 2026. Pour des centaines de milliers de foyers, cette hausse a suffi à faire franchir un palier du revenu fiscal de référence : basculer dans un taux de CSG supérieur ou alourdir le prélèvement à la source calculé sur les revenus 2024.
Le revenu augmente, le taux appliqué augmente aussi. La pension brute, elle, n’a pas nécessairement progressé depuis. Le retraité paie donc davantage d’impôt sur un montant qui stagne ou progresse peu. D’où la sensation d’une baisse du net.
Les données publiées par Meilleurtaux Placement en janvier 2026, citant Agirc-Arrco, le confirment : la revalorisation de +5,3 % des pensions de base en 2024 a entraîné des franchissements de seuil pour un grand nombre de foyers retraités.
L’abattement de 10 % : la suppression rejetée à 213 voix contre 17
Pendant l’automne 2025, un autre changement a failli s’ajouter à ces deux mécanismes. Le projet de loi de finances 2026 prévoyait de supprimer l’abattement de 10 % appliqué sur les pensions avant calcul de l’impôt, pour le remplacer par un forfait fixe de 2 000 €. Pour les retraités percevant une pension supérieure à 20 000 € par an, l’opération était fiscalement neutre ou favorable. Pour les autres, la majorité, elle signifiait une hausse d’impôt.
Le 13 novembre 2025, l’Assemblée nationale a rejeté cet article à 213 voix contre 17, par une coalition allant du Rassemblement national à La France insoumise en passant par la Droite républicaine et les Écologistes. L’abattement de 10 % est donc maintenu en 2026, avec un plancher relevé à 454 € et un plafond porté à 4 439 € par foyer fiscal, soit une revalorisation de +0,9 %.
L’abattement de 10 % reste applicable à l’ensemble des retraités en 2026, avec des seuils revalorisés. Il est cumulable avec l’abattement spécial prévu à l’article 157 bis du Code général des impôts pour les retraités de 65 ans et plus aux ressources modestes.
Ce que la déclaration d’avril va concrètement changer sur votre pension
La déclaration déposée en avril 2026 sert à régulariser l’impôt sur les revenus 2025. Selon les données de la DGFiP publiées sur impots.gouv.fr, trois situations peuvent en découler.
Si le taux prélevé en 2025 était trop élevé par rapport à l’impôt réellement dû, un remboursement intervient. À l’inverse, si les revenus ont progressé en 2025 sans que le taux soit ajusté en cours d’année, un reste à payer est calculé. Il sera prélevé en une seule fois en septembre 2026 si le montant est inférieur ou égal à 300 €. Au-delà, le solde est étalé sur quatre prélèvements de septembre à décembre. C’est le cas de nombreux retraités ayant perçu une revalorisation sans demander d’actualisation de leur taux.
Le vrai impact tombe en septembre : le nouveau taux PAS, calculé à partir de la déclaration d’avril, s’applique sur toutes les pensions à compter de cette date. C’est à ce moment que la pension nette mensuelle change, à la hausse ou à la baisse selon la trajectoire des revenus 2025.
Comment anticiper l’impact
Vérifier son taux de prélèvement actuel sur l’espace personnel impots.gouv.fr (rubrique « Gérer mon prélèvement à la source ») est le premier réflexe utile. Le taux personnalisé y est affiché en temps réel.
Si les revenus 2025 sont inférieurs aux revenus 2024, une demande de modulation à la baisse est possible en ligne via un simulateur intégré. Une variation d’au moins 5 % de l’impôt estimé est requise. Le nouveau taux est transmis aux caisses sous un à deux mois.
Il vaut aussi la peine de vérifier son taux de CSG dans l’avis d’imposition 2025 (revenus 2024). Si un franchissement de seuil a eu lieu en 2024 et que les revenus sont redescendus en 2025, une correction interviendra automatiquement à la prochaine mise à jour.
Le calendrier fiscal 2026 à retenir pour les retraités
| Date | Événement | Impact sur la pension nette |
|---|---|---|
| 1er janvier 2026 | Mise à jour des seuils CSG (+1,8 %) | Immédiat sur pension Agirc-Arrco (dès janvier, plus en septembre) |
| 9 avril 2026 | Ouverture de la déclaration des revenus 2025 | Déclenche le calcul du nouveau taux PAS |
| 19 mai 2026 | Date limite déclaration papier | Délai maximum pour éviter les pénalités |
| Septembre 2026 | Application du nouveau taux PAS + régularisation | Modification directe de la pension nette mensuelle |
L’abattement spécial de l’article 157 bis : qui est concerné ?
Une catégorie de retraités bénéficie d’un allègement fiscal supplémentaire peu connu. L’article 157 bis du Code général des impôts prévoit un abattement spécial cumulable avec l’abattement de 10 %, sous conditions de ressources et de situation personnelle.
Sont éligibles : les retraités âgés de 65 ans et plus dont les ressources sont modestes, les titulaires d’une pension militaire d’invalidité avec une incapacité permanente d’au moins 40 %, les titulaires d’une pension d’invalidité pour accident du travail avec une incapacité permanente d’au moins 40 % et les bénéficiaires de la carte mobilité inclusion (CMI) mention invalidité avec une incapacité permanente d’au moins 80 %. Cet abattement est maintenu par la loi de finances 2026 sans modification.
Le montant de la pension brute reste une chose. Le montant net perçu chaque mois en est une autre. En 2026, les deux divergent pour des raisons que ni la caisse de retraite ni le gouvernement n’explicitent spontanément.