Suspension de la réforme des retraites 2026 : qui est vraiment concerné ?

Homme examinant des documents à table chez lui
Concentré, il passe en revue ses documents administratifs à domicile. Un moment studieux baigné de lumière naturelle.

Daniel est né en 1964. Il pensait profiter du décalage annoncé par le gouvernement fin 2025 et partir plusieurs mois plus tôt que prévu. Deux périodes de chômage dans sa carrière en ont décidé autrement : sa pension reste calculée sur l’ancien calendrier, racontait-il à France 3 Centre-Val de Loire en octobre 2025. Virginie, née en 1965, gagne au contraire deux trimestres et pourra partir dès décembre 2026. À six semaines de son entrée en vigueur, le 1er septembre 2026, la suspension de la réforme des retraites gèle le relèvement de l’âge légal et de la durée d’assurance votés en 2023. Seules les personnes nées entre 1964 et 1968 sont concernées, avec un gain réel qui varie d’un trimestre à six selon le mois de naissance exact et le type de carrière.

Ce que change réellement la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026

La loi gèle jusqu’au 1er janvier 2028 le calendrier de montée en charge de la réforme Borne d’avril 2023, sans l’abroger. La mesure figure dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, promulguée fin décembre 2025. Elle ne s’applique pas à toutes les pensions liquidées cette année. Seules celles qui prennent effet à compter du 1er septembre 2026 basculent sur le nouveau calendrier, précise Service-Public.fr dans sa fiche mise à jour le 27 février 2026. Jusqu’à cette date, la législation de 2023 continue de s’appliquer, sans exception, confirme l’Assurance Retraite dans sa circulaire du 5 mars 2026. Un départ liquidé le 15 août 2026 ne peut donc pas basculer rétroactivement sur les nouvelles règles.

Ce gel ne touche pas les générations de la même façon.

Les générations 1964 à 1968, un gain qui varie du simple au sextuple

Virginie fait partie des personnes recensées par France 3 Centre-Val de Loire parmi les bénéficiaires immédiats. Grâce à la suspension, elle gagne deux trimestres de moins à valider et pourra partir en décembre 2026 au lieu de mi-2027. Daniel, né une génération plus tôt, ne bénéficie d’aucun gain : ses deux périodes de chômage avaient déjà réduit son nombre de trimestres validés. Le décalage de l’âge légal ne change rien à son calcul de décote.

Le tableau ci-dessous détaille, génération par génération, l’écart entre l’âge légal fixé par la réforme de 2023 et celui rétabli par la suspension, ainsi que le nombre de trimestres requis pour le taux plein.

Âge légal et trimestres requis avant et après la suspension de la réforme des retraites (LFSS 2026)
Génération Âge légal avant suspension Âge légal après suspension Trimestres requis avant Trimestres requis après
1964 63 ans 62 ans et 9 mois 171 170
1965 (jan.-mars) 63 ans et 3 mois 62 ans et 9 mois 172 170
1965 (avr.-déc.) 63 ans et 3 mois 63 ans 172 171
1966 63 ans et 6 mois 63 ans et 3 mois 172 172
1967 63 ans et 9 mois 63 ans et 6 mois 172 172
1968 64 ans 63 ans et 9 mois 172 172
1969 et après 64 ans 64 ans (inchangé) 172 172

Les générations 1966 à 1968 ne gagnent que sur l’âge légal, trois mois de moins par génération, sans réduction de la durée d’assurance requise. À partir de la génération 1969, aucun changement : l’âge légal reste fixé à 64 ans, confirme Service-Public.fr.

Pourquoi seulement 64 000 départs avancés sur 854 000 en 2026 ?

64 000. C’est le nombre de départs à la retraite avancés que la suspension devrait produire en 2026, sur un total de 854 000 pensions attribuées cette année-là, selon les projections publiées par Meilleurtaux Placement le 30 janvier 2026. Le gain concerne donc moins d’un départ sur 10. La raison tient au calendrier : seule la génération 1964, celle qui atteint l’âge légal à l’automne, peut concrètement en profiter dès 2026. Les générations 1965 à 1968 ressentiront l’effet les années suivantes, à mesure qu’elles atteindront elles-mêmes l’âge légal. Le dispositif carrière longue, au calendrier distinct, absorbe une part notable de ces 64 000 départs anticipés. Entre 10 000 et 15 000 d’entre eux en relèvent directement.

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Carrière longue : un calendrier élargi à sept générations

Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue suit sa propre grille. Il concerne les assurés nés entre 1964 et 1970, soit deux générations de plus que le régime général, précise l’Assurance Retraite. Pour la génération 1964, l’âge de départ anticipé recule à 60 ans et 6 mois. Pour 1970, il redescend à 61 ans et 9 mois, contre 62 ans prévus par la réforme initiale. L’entrée en vigueur au 1er septembre 2026 pénalise toutefois certains assurés en carrière longue dont le départ était calé avant cette date : ils ne peuvent pas basculer sur le nouveau calendrier, souligne Meilleurtaux Placement.

Faut-il encore racheter des trimestres avant la rentrée 2026 ?

Le chiffre de 3,5 millions de personnes concernées, avancé par le gouvernement, laisse une question ouverte : est-ce que ça vaut aussi pour ma propre carrière, avec mes propres trous de cotisation ? Faut-il encore racheter des trimestres ? Jusqu’à 12 trimestres, soit trois ans de cotisation, peuvent être rachetés auprès de la Carsat, rappelle Planet.fr. Le raisonnement change avec la suspension. Un assuré à qui il manquait deux trimestres avant la réforme de 2023 peut désormais s’en trouver plus proche, voire à taux plein, sans rien racheter, si sa génération bénéficie du décalage. La question revient souvent. Le calcul devient plus opaque à mesure qu’une nouvelle date d’entrée en vigueur s’ajoute à l’équation. Racheter des trimestres avant de vérifier son relevé de carrière actualisé sur Info Retraite revient parfois à payer pour un gain que la suspension offre déjà gratuitement.

Fonctionnaires, indépendants, carrières hachées : les cas qui échappent à la mesure

La suspension s’applique à tous les régimes de retraite. Elle concerne les salariés du privé gérés par la Cnav aussi bien que les indépendants relevant de la SSI ou les exploitants agricoles affiliés à la MSA. Les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, suivis par la CNRACL, basculent eux aussi sur ce calendrier suspendu ; la caisse a publié sa propre fiche le confirmant. Le mécanisme de calcul reste identique pour tous les régimes. Seuls l’âge légal et le nombre de trimestres validés bougent ; les règles de décote et de surcote restent inchangées.

Contactée à l’automne 2025, la Carsat orientait encore les assurés vers la prudence.

« Seules les personnes nées en 1964 ou après seront susceptibles d’être concernées par la suspension de la réforme des retraites. Les détails concernant l’impact de cette mesure sur votre situation personnelle seront disponibles une fois les décrets publiés. » (message d’accueil Carsat, cité par France 3 Centre-Val de Loire, octobre 2025)

Le cas de Daniel illustre la limite du dispositif : une carrière hachée par le chômage peut neutraliser entièrement le bénéfice du décalage, même pour une génération théoriquement gagnante. Vérifier son relevé de carrière sur Info Retraite avant toute décision de départ ou de rachat de trimestres reste le seul moyen de savoir si le gain s’applique vraiment à sa propre situation. Un rendez-vous avec la Carsat locale s’impose parfois avant de trancher.

La suspension s’arrête au 1er janvier 2028. Le Parlement devra alors trancher entre deux options : reprendre le calendrier de la réforme Borne là où il s’est arrêté ou ouvrir une nouvelle négociation sur l’âge légal de départ à la retraite.

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