Le 8 mai 2026, un décret publié au Journal officiel a précisé les nouvelles règles de départ en carrière longue pour les actifs nés entre 1964 et 1970 (L’Assurance retraite, juin 2026). Le dispositif de carrière longue permet un départ dès 58 ans si vous avez commencé à travailler avant 16 ans et cumulé le nombre de trimestres cotisés exigé pour votre génération, soit 172 trimestres pour les assurés nés à partir de 1968, sans décote.
« Je sais pas si je dois racheter mes trimestres ou pas, c’est tellement opaque » : cette hésitation revient souvent dans les dossiers de départ anticipé. Les seuils détaillés ci-dessous répondent point par point, génération par génération.
Les deux conditions cumulatives pour partir dès 58 ans
Deux conditions s’appliquent en même temps. Aucune des deux ne suffit seule.
La première porte sur l’âge de début d’activité. Vous devez avoir validé 5 trimestres avant la fin de l’année civile de votre 16e anniversaire ou 4 trimestres si vous êtes né entre le 1er octobre et le 31 décembre. C’est la condition dite de « travail jeune ».
La seconde porte sur la durée d’assurance. Un trimestre correspond schématiquement à un quart d’année de cotisation retraite, validé dès qu’un revenu minimal a été perçu sur la période. Le total de vos trimestres cotisés, tous régimes de base confondus (CNAV, MSA, SSI), doit atteindre la durée requise pour le taux plein de votre génération, soit 172 trimestres pour les assurés nés à partir de 1968.
Retrouvez votre âge de début d’activité via le service « Voir ma carrière » sur le compte Info Retraite. C’est gratuit à consulter.
Les 4 paliers d’âge selon votre début de carrière
L’âge de départ en carrière longue dépend uniquement de l’âge auquel vous avez commencé à cotiser. Pas de votre date de naissance seule.
- Début d’activité avant 16 ans : départ possible dès 58 ans.
- Début d’activité avant 18 ans : départ possible dès 60 ans.
- Début d’activité avant 20 ans : départ entre 60 ans et 6 mois et 61 ans selon votre année de naissance.
- Début d’activité avant 21 ans : départ possible dès 63 ans.
Chaque palier suppose aussi la durée d’assurance cotisée complète. Un départ à 58 ans sans les 172 trimestres cotisés reste impossible : il faudra attendre l’âge légal ou accepter une décote de 1,25 % par trimestre manquant. À l’inverse, dépasser le seuil requis avant l’âge de départ ouvre droit à une surcote, un mécanisme distinct que l’on retrouve plus loin.
Le palier 58 ans, à part des autres seuils carrière longue
Le décret du 8 mai 2026 ne touche pas de la même façon tous les paliers du dispositif. C’est surtout le palier « avant 20 ans », le plus fréquent, dont l’âge de départ recule ou avance selon la génération. Pour le palier « avant 16 ans », qui ouvre le droit à un départ dès 58 ans, l’âge minimal reste stable pour les générations 1964 à 1970 : ce qui varie d’une année de naissance à l’autre, c’est la durée d’assurance cotisée exigée pour partir sans décote, pas l’âge de départ lui-même (L’Assurance retraite, 2026).
« Si vous êtes né entre 1964 et 1970 et que vous avez travaillé jeune, vous pouvez peut-être partir plus tôt que prévu à la retraite. » (L’Assurance retraite, juin 2026)
Ces conditions s’appliquent aux départs à compter du 1er septembre 2026 (service-public.gouv.fr, 2025). Autre changement notable depuis cette même date : jusqu’à 2 trimestres de majoration pour enfant peuvent désormais être comptés comme réputés cotisés, ce qui ouvre le dispositif à davantage de mères de famille (article 104 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026). Pour le détail génération par génération du palier « avant 20 ans », plus directement affecté par le décret, notre article dédié au décret carrières longues 2026 détaille les seuils précis.
Trimestres cotisés, validés, rachetés : ce qui compte vraiment
Ce guide ne vend rien. Les seuils ci-dessus suffisent à savoir si vous êtes concerné, sans simulation payante ni rendez-vous chez un conseiller.
Un trimestre cotisé correspond aux cotisations versées sur un salaire ou un revenu d’activité. Un trimestre validé est plus large : il inclut aussi les périodes de chômage, de maladie ou de maternité. Pour la carrière longue, seul le premier compte, avec quelques exceptions listées plus bas.
Le rachat de trimestres au titre des études supérieures ou des années incomplètes ne compte pas dans le calcul de la carrière longue depuis le 13 octobre 2008 (L’Assurance retraite). Seul le rachat au titre de l’apprentissage reste pris en compte. Racheter des trimestres d’études pour accélérer un départ en carrière longue ne sert donc à rien dans la majorité des cas.
Certaines périodes restent malgré tout retenues comme réputées cotisées, dans une limite de 4 trimestres chacune : maladie, accident du travail, service militaire et chômage indemnisé. Les congés maternité, eux, sont intégralement comptés, sans plafond.
Vérifier son éligibilité et déposer sa demande
Trois vérifications suffisent en pratique. Consultez d’abord votre relevé de carrière sur le compte Info Retraite, rubrique « Voir ma carrière », pour confirmer votre âge de début d’activité. Comparez ensuite votre nombre de trimestres cotisés au seuil de votre génération. Lancez enfin une simulation avec l’outil EIG (estimation indicative globale) pour visualiser votre date de départ exacte.
Déposez votre demande de retraite anticipée carrière longue auprès de votre caisse, CNAV, MSA ou SSI selon votre statut, au moins 4 mois avant la date souhaitée. Anticipez le dépôt. Un dossier incomplet retarde le versement de la première pension de plusieurs semaines. Votre pension complémentaire Agirc-Arrco se liquide automatiquement à la même date que votre pension de base, sans démarche supplémentaire de votre part.
Le piège que beaucoup découvrent trop tard
Le compteur de trimestres validés et celui des trimestres cotisés racontent deux histoires différentes. Beaucoup de dossiers carrière longue sont refusés parce que le total affiché en page d’accueil du compte Info Retraite mélange les deux. Ce total inclut le chômage, la maladie et les périodes de majoration pour enfant, alors que le seuil de carrière longue ne retient qu’une partie de ces périodes avec la limite de 4 trimestres par catégorie citée plus haut. Le seul chiffre fiable reste celui que renvoie le simulateur carrière longue, pas le total global affiché en page d’accueil.
Si vos trimestres cotisés dépassent déjà le seuil requis avant d’atteindre l’âge de départ carrière longue, la question suivante devient celle de la surcote : chaque trimestre supplémentaire travaillé au-delà du seuil augmente la pension de 1,25 %, un mécanisme distinct du dispositif carrière longue qui mérite un examen à part.