Pendant longtemps, la retraite a constitué le point aveugle du statut auto-entrepreneur. Cotisations perçues comme insuffisantes, trimestres difficiles à valider, pension complémentaire incertaine : les travailleurs indépendants sous ce régime avaient de bonnes raisons de s’inquiéter. En 2026, plusieurs évolutions changent la donne. Une réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026 permet aux auto-entrepreneurs déjà retraités de se constituer de nouveaux droits à la retraite complémentaire — là où leurs cotisations partaient autrefois à fonds perdus. Par ailleurs, la revalorisation progressive des taux de cotisation renforce mécaniquement les droits accumulés chaque année. Voici ce que vous devez savoir pour comprendre et optimiser votre retraite d’auto-entrepreneur.
Comment un auto-entrepreneur cotise pour la retraite
Contrairement au salarié, l’auto-entrepreneur ne cotise pas sur un salaire net. Ses droits retraite sont calculés à partir du chiffre d’affaires déclaré à l’URSSAF, après application d’un abattement forfaitaire pour frais professionnels selon la catégorie d’activité. Les déclarations mensuelles ou trimestrielles transmises à l’URSSAF déclenchent automatiquement le calcul des cotisations : aucune démarche séparée n’est nécessaire pour alimenter ses droits retraite.
Deux niveaux de pension coexistent :
La retraite de base est gérée par la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI) pour les activités commerciales et artisanales. Elle est calculée sur la moyenne des 25 meilleures années de revenus de carrière. En 2026, la pension de base ne peut pas dépasser 2 002,50 € par mois, soit 50 % du plafond mensuel de la sécurité sociale (PMSS 2026 : 4 005 €). Ce plafond concerne uniquement la retraite de base du régime général — la retraite complémentaire s’y ajoute.
La retraite complémentaire dépend du secteur d’activité. Les commerçants et artisans relèvent du Régime Complémentaire des Indépendants (RCI), géré par la SSI. Les professions libérales réglementées (architectes, experts-comptables, consultants en brevets…) dépendent de la CIPAV. Cette retraite s’acquiert en points, dont la valeur est revalorisée chaque année.
Le régime micro-entrepreneur est affilié au régime général de la Sécurité sociale pour la retraite de base, ce qui simplifie la reconstitution de carrière au moment de la liquidation. Pour les règles applicables à votre situation, le site entreprendre.service-public.gouv.fr est la référence officielle.
Les seuils 2026 pour valider vos trimestres
Cotiser ne suffit pas. Pour qu’un trimestre de retraite soit validé, votre chiffre d’affaires annuel doit atteindre un seuil minimum, fixé en fonction de la nature de l’activité. Ces seuils sont calculés sur la base de 150 fois le montant horaire du SMIC brut et s’apprécient sur l’ensemble de l’année civile — pas trimestre par trimestre.
Un auto-entrepreneur qui réalise l’intégralité de son chiffre d’affaires sur un seul trimestre peut tout de même valider les quatre trimestres de l’année, à condition que le cumul annuel atteigne le seuil requis — l’appréciation se fait toujours sur l’année civile, jamais trimestre par trimestre.
| Type d’activité | CA annuel minimum pour valider 4 trimestres en 2026 |
|---|---|
| Vente de marchandises / hôtellerie-restauration (BIC) | 24 579 € |
| Prestations de services artisanales et commerciales (BIC) | 14 256 € |
| Prestations de services et professions libérales hors CIPAV (BNC) | 10 800 € |
| Professions libérales affiliées à la CIPAV (BNC) | 10 776 € |
Source : service-public.fr — Régime de retraite du micro-entrepreneur
Si votre chiffre d’affaires est inférieur à ces seuils, le nombre de trimestres validés est proportionnellement réduit. Une année à très faible activité peut n’ouvrir droit à aucun trimestre — avec des conséquences directes sur le nombre de trimestres validés en fin de carrière et, donc, sur le montant de votre pension.
Les taux de cotisation 2026 selon votre activité
Les taux de cotisations sociales des auto-entrepreneurs varient selon la nature de l’activité. En 2026, les taux globaux applicables sont les suivants :
- Vente de marchandises / hôtellerie-restauration (BIC) : 12,3 %
- Prestations de services artisanales et commerciales (BIC) : 21,2 %
- Professions libérales non réglementées hors CIPAV (BNC) : 25,6 %
- Professions libérales réglementées affiliées à la CIPAV (BNC) : 23,2 %
Source : URSSAF — Évolution des taux de cotisations des auto-entrepreneurs
À noter : les professions libérales non réglementées (BNC hors CIPAV) ont vu leur taux évoluer ces deux dernières années (23,1 % en 2024, 24,6 % en 2025, 25,6 % en 2026). Cette progression est souvent perçue comme une contrainte, mais elle a un revers positif : depuis le 1er janvier 2026, la part de ces cotisations affectée aux droits retraite contributifs a été augmentée par décret, selon l’URSSAF Auto-entrepreneur. Chaque euro cotisé vaut donc davantage pour votre future pension.
Cette évolution ne modifie pas le montant d’une pension déjà liquidée, mais elle améliore les droits en cours de constitution pour les auto-entrepreneurs actifs relevant du régime BNC.
La bonne nouvelle 2026 : le cumul emploi-retraite génère enfin de nouveaux droits
C’est l’évolution la plus significative de ces dernières années pour les auto-entrepreneurs déjà retraités.
Pendant longtemps, un retraité qui poursuivait une activité d’auto-entrepreneur versait des cotisations sociales sans acquérir le moindre nouveau droit à la retraite. Ces sommes disparaissaient sans contrepartie — on parlait de cotisations « à fonds perdus ».
La loi du 14 avril 2023 portant réforme des retraites a mis fin à ce mécanisme. Depuis le 1er septembre 2023, les retraités en cumul emploi-retraite intégral acquièrent de nouveaux droits à la retraite, qui ouvrent droit à une seconde pension. Pour les travailleurs indépendants relevant du Régime Complémentaire des Indépendants (RCI), ce droit à de nouveaux points complémentaires est effectif depuis 2025. En 2026, le plafond de cette seconde pension s’établit à 2 403 € bruts par an (5 % du plafond annuel de la sécurité sociale).
Concrètement, pour bénéficier de ce dispositif :
- Vous devez avoir liquidé votre retraite principale.
- Vous continuez à exercer sous le statut auto-entrepreneur.
- Chaque trimestre où vous générez au moins 3 046 € de recettes valide un trimestre de retraite complémentaire supplémentaire.
- La pension complémentaire ainsi constituée s’ajoute à votre pension initiale, dans la limite du plafond annuel.
Cette évolution représente un changement structurel. Les auto-entrepreneurs retraités peuvent désormais continuer à construire leurs droits, et non plus simplement financer le régime sans contrepartie personnelle.
Attention à la réforme à venir en 2027. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a durci les règles du cumul emploi-retraite à compter du 1er janvier 2027. Les conditions d’accès dépendront alors de l’âge auquel vous avez liquidé votre retraite. Si vous êtes concerné ou envisagez de poursuivre votre activité après votre départ, renseignez-vous dès maintenant sur lassuranceretraite.fr pour anticiper les changements qui s’appliqueront à votre situation.
Comment optimiser sa retraite quand on est auto-entrepreneur
Le régime micro-entrepreneur laisse peu de marges sur les cotisations obligatoires. Mais plusieurs leviers complémentaires permettent d’améliorer sensiblement votre pension future.
Simuler ses droits régulièrement. Le relevé de carrière disponible sur lassuranceretraite.fr liste tous vos trimestres validés depuis le début de votre vie active, tous régimes confondus. Des erreurs de prise en compte existent parfois — mieux vaut les détecter tôt, car leur correction devient plus complexe à l’approche du départ.
Utiliser le simulateur M@rel. Sur info-retraite.fr, ce simulateur calcule une estimation personnalisée de votre future pension en tenant compte de l’ensemble de votre carrière — salariat antérieur, périodes de chômage, activité indépendante. C’est l’outil de référence pour anticiper le montant réel et planifier votre départ sereinement.
Racheter des trimestres manquants. Le dispositif de versement pour la retraite (VPR) permet de compenser des années à faible chiffre d’affaires ou des périodes d’études supérieures non cotisées. Le coût varie selon l’âge et la nature des trimestres concernés — plus on rachète tôt, moins c’est onéreux. Ce rachat s’effectue sur demande auprès de votre caisse de retraite.
Ouvrir un Plan d’Épargne Retraite (PER) individuel. C’est le levier complémentaire le plus puissant pour les auto-entrepreneurs qui souhaitent sécuriser leur niveau de vie à la retraite. Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels. La sortie peut se faire en capital ou en rente, selon vos besoins, au moment du départ en retraite. Pour les règles fiscales applicables, consultez impots.gouv.fr.
Maintenir un chiffre d’affaires régulier. La pension de base est calculée sur la moyenne des 25 meilleures années de revenus. Des années à très faible CA tirent cette moyenne vers le bas et réduisent la pension finale. Une activité régulière, même à revenus modestes, est généralement plus favorable qu’une alternance de pics et de vides.
Questions fréquentes
Un auto-entrepreneur qui ne déclare aucun chiffre d’affaires valide-t-il des trimestres ?
Non. Un CA nul ou inférieur au seuil minimal ne génère aucun trimestre de retraite pour l’année concernée. La validation est strictement liée au montant déclaré à l’URSSAF. Une année sans activité n’ouvre aucun droit, ce qui peut avoir des répercussions durables sur le nombre total de trimestres en fin de carrière.
Peut-on accumuler des droits retraite dans plusieurs régimes en même temps ?
Oui. Un auto-entrepreneur exerçant également une activité salariée cotise simultanément dans deux régimes distincts. Les droits s’accumulent de façon indépendante dans chaque régime. Au moment de la liquidation, chaque caisse calcule sa propre pension, et les montants s’additionnent dans le respect des plafonds propres à chaque régime.
Comment estimer le montant réel de sa future pension ?
Le simulateur M@rel, accessible sur info-retraite.fr, est l’outil de référence. Il agrège l’ensemble de votre carrière, tous régimes confondus, pour vous donner une estimation personnalisée. Complétez cette démarche avec votre relevé de carrière sur lassuranceretraite.fr pour vérifier que tous vos trimestres ont bien été pris en compte.
Les auto-entrepreneurs peuvent-ils accéder à la retraite progressive ?
Oui. Depuis la réforme des retraites de 2023, la retraite progressive est accessible aux travailleurs indépendants, dont les auto-entrepreneurs. Elle permet de réduire progressivement son activité tout en commençant à percevoir une fraction de sa pension avant la liquidation définitive. Les conditions d’accès et les modalités sont disponibles sur lassuranceretraite.fr.
Que se passe-t-il en cas de dépassement des plafonds de chiffre d’affaires de la micro-entreprise ?
Au-delà des plafonds de chiffre d’affaires applicables à votre activité (vérifiez les montants actualisés sur urssaf.fr), le régime micro-entrepreneur cesse automatiquement. Vous basculez vers un régime réel d’imposition : vos cotisations retraite se calculent alors sur le bénéfice réel et non plus sur le chiffre d’affaires, ce qui modifie substantiellement votre charge sociale et vos droits futurs.