PER 150 milliards : le record qui masque une réforme silencieuse défavorable aux épargnants

Femme âgée lisant un document avec inquiétude
Une femme examine attentivement un document, l’air préoccupé. Une scène du quotidien face à une nouvelle importante.

Un record à 150 milliards d’euros sur les PER et en même temps une hausse des prélèvements sociaux, la suppression d’un avantage fiscal après 70 ans et une obligation d’exposition aux actifs non cotés : le gouvernement a-t-il choisi le bon moment pour les deux annonces ?

Le 17 mai 2026, le ministère de l’Économie communiquait sur le franchissement d’un cap symbolique : 150,4 milliards d’euros d’encours sur les plans d’épargne retraite, 12,9 millions de titulaires, une progression de 20 % sur l’année. Roland Lescure saluait « un seuil symbolique ». Les fédérations professionnelles (FA, AFG, FNMF et FIPS) confirmaient les données. Dans le même exercice budgétaire, la loi de finances 2026 et le PLFSS 2026 modifiaient discrètement les conditions de détention et de sortie du plan d’épargne retraite.

150,4 milliards : que recouvrent vraiment ces encours ?

Les PER individuels représentent 88,5 milliards d’euros, en hausse de 21 % sur 2025. Les PER d’entreprise collectifs pèsent 33,86 milliards (+22 %) et les PER obligatoires 28,04 milliards (+13 %). La progression de 46 % en deux ans traduit surtout la migration massive depuis les anciens produits (PERP, Madelin, article 83) que la loi PACTE de 2019 a rendu possible.

Plus de 60 % des actifs du PER financent directement les entreprises selon le Ministère, dont plus de 5 milliards en actifs non cotés. Ce volume justifie en partie les modifications réglementaires imposées via la loi Industrie Verte, qui contraint les gestionnaires sur la composition de leurs portefeuilles.

La croissance des encours reflète aussi un arbitrage fiscal que beaucoup d’épargnants ont opéré ces dernières années : déduire les versements du revenu imposable aujourd’hui, quitte à payer à la sortie. Cet arbitrage devient moins rentable avec les réformes 2026.

La hausse des prélèvements sociaux : 1,4 point qui pèsent sur la sortie

Le PLFSS 2026, voté définitivement, relève la CSG de 1,4 point. Les prélèvements sociaux applicables aux gains du PER passent donc de 17,2 % à 18,6 %, quel que soit le support ou la formule. L’assurance-vie et les revenus fonciers ont été épargnés lors du vote final ; le PER supporte l’essentiel de l’ajustement côté épargne financière.

Le PFU (prélèvement forfaitaire unique) grimpe mécaniquement à 31,4 %, combinant 12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux sur les gains des versements non déduits. Pour les sorties en capital sur des versements déduits à l’entrée, la fiscalité reste celle du barème progressif mais les prélèvements sociaux s’appliquent sur la part de gains à 18,6 % au lieu de 17,2 %. Sur un contrat de 20 ans avec un rendement moyen de 4 %, l’écart commence à chiffrer.

À noter : certaines rentes obligatoires maintiennent un taux de prélèvements autour de 10 % mais elles concernent une minorité de situations.

La suppression de la déductibilité après 70 ans : quel épargnant est visé ?

Dès 2026, les versements effectués sur un PER après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Première modification structurelle du PER depuis sa création en 2019. L’objectif affiché : « encadrer l’utilisation du PER et restreindre les pratiques d’optimisation tardive », selon Meilleurtaux Placement (février 2026).

En pratique, cette mesure cible les stratégies patrimoniales des retraités qui abondaient un PER tardivement pour réduire leur base imposable, tout en bénéficiant de règles successorales avantageuses en cas de décès avant déblocage. La réforme coupe l’incitation fiscale à l’entrée sans toucher aux règles de transmission : on supporte les risques de blocage des fonds sans le gain fiscal à l’alimentation.

À lire absolument :   Quels sont les revenus imposables à la retraite et comment s'y prendre ?

L’extension du report des plafonds de déduction de 3 à 5 ans, présentée comme une contrepartie, bénéficie surtout aux profils à revenus irréguliers ou aux indépendants ayant accumulé des droits non utilisés. Pour les salariés seniors visés par la première mesure, les conditions restent défavorables.

Loi Industrie Verte : l’obligation d’actifs non cotés dans la gestion pilotée

Calendrier des obligations loi Industrie Verte sur les PER (actifs non cotés en gestion pilotée)
Type de PER Échéance initiale Délai supplémentaire Impact épargnant
PER collectif et obligatoire 1er janvier 2026 31 décembre 2026 Profils pilotés exposés à une part d’UC non cotés
PER individuel (assureur) 1er janvier 2024 (UC labellisés) En cours d’adaptation Obligation d’offrir au moins un fonds labellisé ISR ou transition énergétique
Fonds eurocroissance et PERP transférés Limite transfert défiscalisé 2026 Délai arrêté en 2026 Réduction de la fenêtre d’optimisation sur les transferts

La loi Industrie Verte impose que les profils de gestion pilotée des PER intègrent une part d’actifs non cotés (private equity, infrastructure, dette privée). Le délai de mise en conformité pour les PER d’entreprise a été repoussé au 31 décembre 2026. Pour l’épargnant, cela signifie une moindre liquidité implicite et une exposition à des classes d’actifs dont la valorisation est moins fréquente et les frais souvent plus élevés que les fonds en euros ou les UC cotées classiques.

Le ministère présente cette orientation comme une « contribution au financement des entreprises et de l’économie européenne ». L’exposition forcée aux non-cotés dans le profil par défaut modifie le couple rendement/risque sans que l’épargnant en soit explicitement informé.

Ce que le communiqué de presse ne dit pas

Le communiqué officiel du 17 mai 2026 cite la loi Industrie Verte uniquement sous l’angle positif : « Le développement du PER se poursuivra en 2026 sous l’effet de l’entrée en vigueur des dernières exigences réglementaires de la loi industrie verte, contribuant ainsi au financement des entreprises. » Aucune mention des hausses de prélèvements, de la suppression de la déductibilité après 70 ans ni des implications de l’exposition obligatoire aux non-cotés.

Les 12,9 millions de titulaires ont reçu un message de succès collectif le 17 mai. La plupart ignorent qu’ils épargnent dans un produit dont les conditions de sortie ont changé en cours de route. La règle du jeu que la loi PACTE avait posée en 2019 a été modifiée sept ans plus tard, discrètement, dans deux textes budgétaires distincts.

Les transferts depuis les anciens contrats (PERP, Madelin, article 83) continuent d’affluer, attirés par les encours record et la communication institutionnelle. La fenêtre pour les transferts défiscalisés de certains fonds se referme pourtant progressivement et les profils pilotés vont intégrer des actifs moins liquides sans que cela soit présenté comme un changement de nature du produit.

Les chiffres du premier trimestre 2027 indiqueront si la croissance des encours a résisté aux nouvelles conditions fiscales ou si les versements volontaires commencent à décrocher.

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