Comment passer de votre relevé de carrière au montant qui sera versé chaque mois ? Pour un salarié du privé, la pension de base se calcule ainsi : revenu annuel moyen × taux × (durée d’assurance ÷ durée exigée pour le taux plein). La complémentaire Agirc-Arrco s’y ajoute : nombre de points × 1,4386 €, valeur de service du point. Comptez 20 minutes pour refaire le calcul avec vos propres chiffres.
Le mécanisme paraît opaque tant qu’on n’a pas les paramètres sous les yeux. Ceux de septembre 2026 figurent ci-dessous, avec un exemple complet du brut au net et les cas qui font baisser le résultat : trimestres manquants, carrière hachée, départ avant le taux plein.
La formule de la pension de base
L’Assurance retraite (le régime général, ex-CNAV) verse la pension de base des salariés du privé. Son montant annuel suit la formule publiée par Service-Public : revenu annuel moyen × taux × (durée d’assurance ÷ durée exigée pour le taux plein). La fiche complète est sur le site de Service-Public, qui prévient :
« Il est très difficile de calculer soi-même sa pension de retraite. » (Service-Public, fiche vérifiée le 1er septembre 2026)
La formule permet donc de comprendre et de contrôler une estimation. L’outil officiel Mon estimation retraite, présenté en fin de guide, reste la référence.
Le revenu annuel moyen
Le revenu annuel moyen est la moyenne de vos salaires annuels bruts cotisés sur les 25 meilleures années de carrière. Ce nombre tombe à 24 avec une majoration de durée d’assurance pour un enfant et à 23 avec des majorations pour au moins 2 enfants. Les mères concernées trouveront le détail dans notre article sur la retraite des femmes qui ont eu des enfants. Sous 25 années travaillées, la moyenne porte sur les années existantes.
Chaque salaire est revalorisé par les coefficients en vigueur au départ. Depuis 2005, il est d’abord limité au plafond de la Sécurité sociale : 4 005 € par mois en 2026, soit 48 060 € par an. Un salaire de 60 000 € ne fait donc pas monter la base au-delà de ce plafond. Primes et heures supplémentaires comptent ; l’année du départ est exclue.
Le taux
Le taux plein est de 50 %. Il s’applique si vous partez avant 67 ans avec la durée exigée (tous régimes confondus) ou à 67 ans quel que soit le nombre de trimestres. Sinon la décote retire 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres : d’où le plancher de 37,5 % (50 − 12,5).
La durée d’assurance
Un trimestre validé exige un revenu d’au moins 150 heures de Smic, soit 150 fois le Smic horaire brut du 1er janvier. Cela donne 1 803 € en 2026 (Service-Public, fiche sur la durée d’assurance vérifiée le 1er janvier 2026). Une année compte 4 trimestres au maximum, pour 7 212 € de salaire. Les arrêts maladie et le congé de maternité valident aussi des trimestres, comme le chômage. Les majorations pour enfants en accordent également : 4 trimestres pour la maternité et 4 pour l’éducation, par enfant.
Si vous avez cotisé dans un autre régime (MSA, fonction publique), seuls les trimestres du régime général figurent au numérateur. Ceux des autres régimes ouvrent une seconde pension. Service-Public l’illustre : 120 trimestres à l’Assurance retraite sur 170 exigés donnent un rapport de 120 ÷ 170.
Contrôler son relevé de carrière avant de calculer
Un calcul juste sur une carrière mal enregistrée donne un résultat faux. Ouvrez votre compte retraite sur Info Retraite, puis le service Ma carrière > Voir ma carrière. Parcourez chaque année : salaire, trimestres, employeur. Une année vide ou un employeur absent réduit à la fois le revenu annuel moyen et la durée d’assurance. Vos anciens bulletins de salaire permettent de faire valider les périodes manquantes. La marche à suivre est détaillée dans notre guide du relevé de carrière.
Trimestres et âge de départ selon votre année de naissance
La génération commande deux paramètres : l’âge légal et le nombre de trimestres pour le taux plein. Le tableau reprend le barème publié par Service-Public, qui intègre la suspension votée en 2026.
| Date de naissance | Âge légal de départ | Trimestres exigés |
|---|---|---|
| 1958 à 1960 | 62 ans | 167 |
| 1er janvier au 31 août 1961 | 62 ans | 168 |
| 1er septembre au 31 décembre 1961 | 62 ans et 3 mois | 169 |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 |
| 1er janvier 1963 au 31 mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1er avril au 31 décembre 1965 | 63 ans | 171 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
| À partir de 1969 | 64 ans | 172 |
La réforme de 2023 (loi Borne) fixait 64 ans dès la génération 1968. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, gèle ce relèvement jusqu’au 1er janvier 2028 pour les générations 1964 à 1968. Elle joue sur les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une personne née en 1964 peut ainsi partir à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, au lieu de 63 ans avec 171. Qui est concerné et de combien de mois : notre décryptage de la suspension de la réforme. Les carrières longues suivent un calendrier à part, expliqué dans l’article sur le départ dès 58 ans.
Exemple chiffré : de 31 200 € de revenu annuel moyen à la pension nette
Marie, cas-type fictif, est née en 1966. Elle part à l’âge légal de 63 ans et 3 mois avec les 172 trimestres exigés, tous validés au régime général. Son revenu annuel moyen revalorisé est de 31 200 € (2 600 € par mois) et son relevé Agirc-Arrco affiche 3 900 points.
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Pension de base | 31 200 € × 50 % × (172 ÷ 172) | 15 600 € par an, soit 1 300 € par mois |
| Retraite complémentaire | 3 900 points × 1,4386 € | 5 610,54 € par an, soit 467,55 € par mois |
| Total brut | 1 300 € + 467,55 € | 1 767,55 € par mois |
| Prélèvements sociaux | 1 767,55 € × 9,1 % (CSG 8,3 %, CRDS 0,5 %, Casa 0,3 %) | 160,85 € par mois |
| Pension nette avant impôt | 1 767,55 € − 160,85 € | 1 606,70 € par mois |

Le taux de 9,1 % correspond au taux normal de CSG. Il descend jusqu’à 0 % selon le revenu fiscal de référence. L’impôt sur le revenu reste à ajouter. Le barème des retenues est expliqué dans l’article sur le pourcentage de retenue sur une retraite. La Casa est la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie. Le taux de remplacement brut de Marie atteint 68 % (21 210 ÷ 31 200 de revenu annuel moyen). Le net avant impôt en représente 62 %.
Décote et surcote : ce que pèse un trimestre
Reprenons Marie avec 168 trimestres au lieu de 172. Il lui en manque 4 : son taux passe à 47,5 % (50 − 4 × 0,625). Sa pension de base devient 31 200 € × 47,5 % × (168 ÷ 172) = 14 475,35 € par an, soit 1 206,28 € par mois. Attendre 4 trimestres de plus la ramène à 1 300 € : 93,72 € par mois d’écart pour un an de travail supplémentaire.
Le nombre de trimestres retenu pour la décote est le plus faible de deux valeurs : les trimestres manquants pour la durée exigée ou ceux qui séparent l’âge de départ de 67 ans. Service-Public le montre avec un départ à 65 ans et 158 trimestres sur 170 : 12 trimestres manquent mais 8 seulement séparent de 67 ans, d’où un taux de 45 %.
La surcote joue en sens inverse. Chaque trimestre civil entier travaillé après l’âge légal et la durée exigée ajoute 1,25 % à la pension (Service-Public, 2026). Marie qui poursuit 4 trimestres au-delà des 172 obtient 15 600 € × 1,05 = 16 380 € par an, soit 1 365 € par mois. Si l’écart tient à 1 ou 2 trimestres, comparez ce gain au coût d’un rachat de trimestres.
La retraite complémentaire Agirc-Arrco en points
Chaque euro cotisé se convertit en points. Selon l’Agirc-Arrco, le nombre de points annuel égale l’assiette de cotisation × le taux de calcul des points ÷ le prix d’achat du point, fixé à 20,1877 € en 2026. Le taux de calcul est de 6,20 % jusqu’au plafond de la Sécurité sociale (tranche 1) et de 17 % entre 1 et 8 plafonds, soit jusqu’à 32 040 € par mois (tranche 2). Les cotisations réellement prélevées sont majorées d’un taux d’appel de 127 %, qui finance le régime sans créer de points.
Avec 31 200 € de salaire, Marie acquiert 31 200 × 6,20 % ÷ 20,1877 = 95,8 points par année. Sur 40 ans, l’ordre de grandeur est de 3 800 points, d’où les 3 900 de l’exemple.
À la retraite, la pension annuelle vaut le total des points × la valeur de service du point. Cette valeur est de 1,4386 € depuis le 1er novembre 2024, sans hausse au 1er novembre 2025 d’après le barème Agirc-Arrco. Elle se révise chaque 1er novembre : notre article sur la revalorisation Agirc-Arrco suit les décisions.
Carrière hachée, temps partiel, parents : les cas qui déplacent le résultat
- Chômage, maladie et maternité valident des trimestres sans ajouter de salaire cotisé au revenu annuel moyen. Le détail figure dans l’article sur les trimestres de chômage.
- Avec 3 700 € de salaire brut sur une année 2026, vous validez 2 trimestres (3 700 ÷ 1 803). Un temps partiel valide autant de trimestres que le salaire annuel le permet : 7 212 € suffisent pour les 4.
- Une carrière de 20 ans donne un revenu annuel moyen sur 20 années, sans les zéros d’une période absente.
- Avec 2 enfants, la base de calcul passe à 23 années au lieu de 25 : les deux plus faibles années sortent du calcul.
Minimum contributif et plafond de la pension
Le minimum contributif relève une petite pension de base à 903,94 € brut par mois quand tous les trimestres du taux plein sont cotisés. Il tombe à 756,29 € avec moins de 120 trimestres cotisés, majoré au-delà. Conditions : le taux plein, toutes les retraites demandées et un total de pensions sous 1 410,89 € brut par mois (Service-Public, septembre 2026).
À l’autre bout, la pension de base ne dépasse pas 50 % du plafond de la Sécurité sociale, soit 2 002,50 € brut par mois pour un départ en 2026. La surcote peut dépasser ce seuil.
Questions fréquentes
La retraite d’un fonctionnaire se calcule-t-elle pareil ?
Non. Le fonctionnaire est calculé sur le dernier traitement indiciaire détenu depuis 6 mois, au taux maximal de 75 % (Service-Public, retraite de l’agent public). Le salarié du privé reçoit 50 % de la moyenne de ses 25 meilleures années, complétés par les points Agirc-Arrco.
Un indépendant ou un médecin suit-il ces règles ?
Les indépendants et les professions libérales relèvent d’autres régimes, avec leurs propres cotisations. Leurs droits souvent oubliés sont réunis dans l’article sur la retraite des professions libérales.
La pension est-elle revalorisée après le départ ?
Oui. La pension de base est revalorisée chaque 1er janvier selon la moyenne de l’évolution des prix à la consommation hors tabac (Service-Public). La complémentaire dépend de la valeur de service du point, votée à part.
Pourquoi mon résultat diffère-t-il de l’estimation officielle ?
Les coefficients de revalorisation s’appliquent année par année à chaque salaire. Seule la caisse connaît la liste exacte. Un calcul à la main donne un ordre de grandeur, jamais le montant final.
Estimer sa pension avec Mon estimation retraite
Le service se trouve dans votre compte retraite Info Retraite. Deux modes existent. L’estimation rapide repose sur les données déjà connues de vos caisses. L’estimation personnalisée autorise à modifier l’âge de départ et à ajouter des périodes manquantes. Il affiche le montant global brut et le net avant impôt (Service-Public). Pour connaître les règles du simulateur en 2026, lisez notre article sur le simulateur retraite 2026.
Ouvrez votre compte sur Info Retraite, contrôlez chaque année de Ma carrière, puis lancez Mon estimation retraite avec l’âge de départ que vous visez.