La retraite progressive vous permet de percevoir une fraction de votre pension tout en continuant à travailler à temps partiel. Longtemps réservée aux plus de 62 ans, elle est désormais accessible dès 60 ans pour la grande majorité des actifs depuis le 1er septembre 2025. Résultat : le nombre de bénéficiaires a quasi doublé en un an, passant de 46 000 fin 2025 à près de 58 000 au premier trimestre 2026 (source : Assurance retraite).
Mais quelles sont exactement les conditions à remplir ? Comment est calculée la part de pension que vous pouvez toucher ? Et surtout, comment constituer votre dossier ? Ce guide pratique répond à chacune de ces questions, avec les règles en vigueur en 2026 et les sources officielles.
Qu’est-ce que la retraite progressive, concrètement ?
La retraite progressive est un dispositif légal (article L. 351-15 du Code de la Sécurité sociale) qui vous autorise à cumuler :
- une activité à temps partiel (ou réduite), rémunérée par votre employeur ;
- une fraction de votre pension de retraite, versée par votre caisse.
Contrairement à la retraite anticipée pour carrière longue, la retraite progressive n’interrompt pas votre carrière. Vous continuez à cotiser, à acquérir des trimestres et des points Agirc-Arrco. Votre pension définitive sera donc recalculée — à la hausse — le jour où vous liquiderez votre retraite complète.
Les trois conditions d’accès en 2026
Pour bénéficier de la retraite progressive, vous devez simultanément remplir trois critères, confirmés par les décrets n° 2025-680 et 2025-681 du 15 juillet 2025 (publiés au Journal officiel du 23 juillet 2025) et applicables depuis le 1er septembre 2025.
Condition 1 — L’âge : 60 ans révolus
L’âge minimal a été ramené à 60 ans pour toutes les générations, sans distinction d’année de naissance. C’est une avancée notable : jusqu’au 31 août 2025, il fallait attendre 62 ans (ou l’âge légal de la réforme de 2023 selon votre date de naissance).
Source : Service-public.fr — La retraite progressive accessible dès 60 ans
Condition 2 — La durée d’assurance : 150 trimestres validés
Vous devez avoir validé au moins 150 trimestres tous régimes de retraite de base confondus. Sont pris en compte vos trimestres cotisés, mais aussi les trimestres assimilés (chômage, maladie, maternité, invalidité) et les majorations pour enfants.
150 trimestres représentent 37,5 années de cotisation. Si vous êtes entré tôt dans la vie active, vous pouvez atteindre ce seuil bien avant 60 ans — mais c’est l’âge qui conditionne l’ouverture du droit, pas les seuls trimestres.
Si vous n’êtes pas certain de votre nombre de trimestres, consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr (espace personnel).
Condition 3 — Une activité à temps partiel entre 40 % et 80 %
Vous devez exercer une activité professionnelle réduite dont la durée représente entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle applicable à votre poste. Un temps plein à 35 heures peut ainsi se réduire à une fourchette de 14 à 28 heures hebdomadaires.
Pour les contrats au forfait-jours, la quotité s’exprime en jours : 87 à 174 jours travaillés par an (plafond légal : 218 jours).
Cas des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (CNRACL) : depuis le 1er septembre 2025 (décret 2025-680), les agents non titulaires à temps non complet sont éligibles avec une quotité allant jusqu’à 90 %. Si vous cumulez plusieurs emplois à temps non complet, l’ensemble de vos activités ne doit pas excéder 90 % du temps plein.
Cas des travailleurs indépendants et TNS : le calcul de la fraction de pension s’effectue non pas sur la base des heures travaillées, mais sur la baisse effective de revenus professionnels. Renseignez-vous auprès de votre caisse (SSI pour les indépendants, CIPAV pour les professions libérales).
Comment est calculée votre fraction de pension ?
La formule est simple et inversement proportionnelle à votre quotité de travail :
Fraction de pension = 100 % − quotité de travail
Exemples concrets :
- Vous travaillez à 60 % : vous percevez 40 % de votre pension provisoire.
- Vous travaillez à 75 % : vous percevez 25 % de votre pension provisoire.
- Vous travaillez à 50 % : vous percevez 50 % de votre pension provisoire.
Cette pension est dite « provisoire » car elle est recalculée à chaque modification de votre quotité et définitivement liquidée lorsque vous partez en retraite complète. Plus vous cotisez longtemps pendant la période de retraite progressive, plus votre pension finale est élevée.
Pour simuler votre montant, utilisez l’outil en ligne de l’Assurance retraite.
Faut-il l’accord de l’employeur ?
La question est légitime : passer à temps partiel impose une modification de votre contrat de travail, qui requiert en principe l’accord des deux parties.
Voici la règle en vigueur depuis la réforme des retraites de 2023 :
- Si vous êtes déjà à temps partiel, vous n’avez pas besoin de l’accord de l’employeur pour entrer en retraite progressive.
- Si vous êtes à temps plein, l’employeur peut s’opposer au passage à temps partiel — mais uniquement s’il justifie d’un motif légitime lié à l’organisation de l’entreprise. Un refus sans motif vous ouvre un droit à contestation.
En pratique, l’employeur a 3 mois pour répondre à votre demande écrite. L’absence de réponse vaut accord tacite selon certains accords de branche.
Les démarches pour demander la retraite progressive
La procédure se déroule en quatre étapes :
- Vérifier votre éligibilité sur info-retraite.fr (relevé de carrière, simulation de droits).
- Négocier votre temps partiel avec votre employeur et formaliser la modification de contrat.
- Déposer votre demande 5 mois avant la date souhaitée de démarrage. Depuis 2025, la demande peut être faite entièrement en ligne sur moncompte.lassuranceretraite.fr pour les salariés du régime général, ou sur le portail dédié de votre caisse.
- Joindre les pièces justificatives :
- Copie de votre contrat de travail à temps partiel (avec date de début) ;
- Déclaration sur l’honneur attestant l’absence d’autre activité professionnelle ;
- Attestation de l’employeur précisant la durée hebdomadaire légale ou conventionnelle de référence.
La retraite progressive prend fin si vous revenez à temps plein, si vous cessez votre activité ou si vous partez en retraite complète. Cette dernière transition n’est pas automatique : il faut déposer une nouvelle demande de liquidation de pension.
Avantages concrets et points de vigilance
Ce que vous gagnez :
- Un revenu complémentaire dès 60 ans, sans attendre l’âge du taux plein.
- Des droits à la retraite qui continuent à s’accumuler (trimestres + points Agirc-Arrco).
- Une transition douce vers la retraite complète, moins abrupte psychologiquement.
- Un maintien partiel dans la vie professionnelle (réseau, sens, activité).
Points de vigilance :
- Baisse de revenus immédiate : votre salaire brut diminue proportionnellement à votre quotité. La fraction de pension ne compense pas toujours intégralement cette baisse, surtout si votre pension provisoire est modeste.
- Impact sur l’assurance chômage : en cas de rupture du contrat à temps partiel, vos droits ARE sont calculés sur la base du salaire à temps partiel, pas du salaire antérieur.
- Mutuelle et prévoyance : vérifiez si votre contrat de prévoyance d’entreprise maintient ses garanties à temps partiel.
Si vous envisagez la retraite progressive dans une optique patrimoniale globale, consultez également notre article sur le plan d’épargne retraite entreprise, qui peut compléter vos revenus pendant cette période de transition.
FAQ — Retraite progressive : vos questions
Peut-on entrer en retraite progressive et partir ensuite en retraite anticipée pour carrière longue ?
Non, ces deux dispositifs sont exclusifs. Si vous remplissez les conditions d’un départ anticipé pour carrière longue, il est généralement plus avantageux de comparer les deux scénarios avec un conseiller ou via la simulation de l’Assurance retraite avant de faire votre choix.
La retraite progressive est-elle accessible aux fonctionnaires d’État ?
Depuis le 1er septembre 2025, les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (affiliés à la CNRACL) ont accès à la retraite progressive dans des conditions proches des salariés du privé. Pour les fonctionnaires d’État (affiliés au SRE), les conditions spécifiques méritent d’être vérifiées directement auprès du Service des retraites de l’État.
Que se passe-t-il si mon employeur refuse le passage à temps partiel ?
Depuis la réforme de 2023, l’employeur doit motiver son refus par des raisons légitimes liées à l’activité de l’entreprise. Si ce motif est contestable, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes. Certains accords de branche imposent des obligations plus strictes à l’employeur.
Ma pension versée pendant la retraite progressive est-elle imposable ?
Oui, la fraction de pension perçue est soumise à l’impôt sur le revenu comme n’importe quelle pension de retraite. Elle est également soumise aux prélèvements sociaux (CSG/CRDS) dans les conditions habituelles, en fonction de votre revenu fiscal de référence.
Peut-on modifier sa quotité de travail en cours de retraite progressive ?
Oui. Si votre temps de travail change (par exemple, passage de 70 % à 60 %), vous devez en informer votre caisse de retraite. Le montant de votre fraction de pension sera recalculé en conséquence, toujours selon la formule : 100 % − nouvelle quotité.