Le Portugal a longtemps servi d’argument massue aux vendeurs d’expatriation : du soleil, un coût de la vie contenu, une pension française qui échappait à l’impôt. Le régime qui rendait cela possible est fermé aux nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024. Reste à savoir ce que gardent ceux qui en bénéficient déjà. Et ce qui attend un retraité qui s’installerait à Lisbonne cette année.
Ce qu’était le régime des résidents non habituels
Créé en 2009, le statut de résident non habituel (RNH) s’adressait aux personnes qui n’avaient pas été résidentes fiscales portugaises au cours des 5 années précédentes. Il durait 10 ans, sans reconduction possible.
Sur les pensions versées depuis l’étranger, l’avantage a connu deux époques. Jusqu’en mars 2020, l’exonération était totale : zéro impôt au Portugal sur une pension privée que la convention franco-portugaise rend imposable dans le pays de résidence. À partir d’avril 2020, sous la pression de plusieurs États européens dont la Suède et la Finlande, Lisbonne a instauré un prélèvement forfaitaire de 10 %. Les retraités inscrits avant cette date ont conservé l’exonération jusqu’au terme de leurs 10 ans.
Ce détail change la lecture de beaucoup d’articles restés en ligne depuis, qui décrivent une exonération totale sans préciser à qui elle s’appliquait encore : un expatrié arrivé en 2021 payait déjà ses 10 %.
Le statut ne se limitait pas aux pensions. Il ouvrait aussi un taux de 20 % sur les revenus d’activité issus de professions dites à haute valeur ajoutée exercées au Portugal, avec une exonération sur la plupart des revenus étrangers de source mobilière ou foncière. Cette architecture explique pourquoi le RNH a été utilisé bien au-delà de la population des retraités, par des indépendants comme par des cadres en télétravail.
Ce qui a fermé et ce qui l’a remplacé
La loi de finances portugaise pour 2024 a supprimé le RNH pour les nouveaux candidats. Une fenêtre transitoire a couvert les dossiers déjà engagés, sous condition d’un contrat de travail ou d’un bail signé avant le 31 décembre 2023. Cette fenêtre est refermée.
Un régime successeur existe depuis 2025, l’IFICI, souvent présenté comme un RNH nouvelle version. La comparaison s’arrête au nom : il cible les chercheurs, les enseignants du supérieur et quelques fonctions à forte valeur ajoutée dans des entreprises certifiées. Les pensions de retraite sortent de son champ.
Le gouvernement portugais avait deux motifs. La pression sur le logement dans les grandes villes, où la demande étrangère solvable a nourri une hausse des prix devenue politiquement intenable. Et le déséquilibre entre un salarié portugais imposé au barème et un retraité étranger à 10 %.
Ce qui attend un retraité qui s’installe aujourd’hui
Sans statut particulier, la pension privée transférée au Portugal entre dans le barème progressif de l’IRS, dont les taux s’échelonnent d’environ 14,5 % à 48 %. Une pension de 30 000 euros par an y est imposée à un niveau comparable à ce qu’elle supporterait en France, parfois davantage une fois les déductions françaises perdues.
Un point échappe encore à beaucoup de projets d’expatriation : toutes les pensions ne suivent pas la même règle. La convention fiscale entre la France et le Portugal réserve l’imposition des pensions de source publique à l’État qui les verse. Un ancien fonctionnaire d’État ou agent territorial reste donc imposable en France sur sa retraite, quel que soit son pays de résidence. Seules les pensions du privé basculent vers le pays d’accueil.
Le changement de résidence fiscale suppose par ailleurs des formalités concrètes : déclaration de départ auprès du service des impôts des particuliers, inscription au registre portugais, puis remise aux caisses de retraite d’un certificat de résidence fiscale pour éviter une double retenue.
Le volet social se joue à part. Un retraité installé dans un pays de l’Union qui relève de l’assurance maladie locale via le formulaire S1 ne supporte plus la CSG ni la CRDS sur ses pensions françaises. Une cotisation d’assurance maladie peut néanmoins être retenue selon le régime dont relève chaque pension. Le justificatif d’affiliation reste à conserver : c’est la première pièce demandée en cas de contrôle. L’écart entre la pension brute et le montant réellement viré change donc dès le premier mois d’installation, dans un sens comme dans l’autre.
Enfin, la question de la santé pèse autant que celle de l’impôt. Le S1 ouvre l’accès au système public portugais, dont le maillage se relâche nettement en dehors des grandes villes. Beaucoup d’expatriés doublent cette couverture d’une assurance privée locale, dont la prime augmente sensiblement passé 70 ans, quand elle reste souscriptible.
Les alternatives européennes encore ouvertes
| Pays | Traitement des pensions étrangères | Durée |
|---|---|---|
| Grèce | Taux forfaitaire de 7 % sur les revenus de source étrangère | 15 ans |
| Italie | 7 % sur les pensions étrangères, dans les communes de moins de 20 000 habitants de 8 régions du Sud | 10 ans |
| Chypre | 5 % sur option, au-delà d’une franchise annuelle | Sans limite de durée |
| Espagne | Barème progressif de droit commun | Sans objet |
| Portugal | Barème progressif de droit commun depuis 2024 | Sans objet |
La Grèce a repris la place que le Portugal occupait, avec un dispositif ouvert depuis 2020 et une durée plus longue. Le régime italien impose une contrainte géographique réelle : les communes éligibles se répartissent sur 8 régions du Sud, de la Sicile aux Abruzzes, loin des grandes villes et de leurs infrastructures médicales.
Ces taux affichés méritent d’être remis dans un calcul complet. Le coût de la santé, l’accès aux soins en langue française, le prix de l’immobilier et le nombre de vols directs vers la France pèsent souvent plus lourd, sur 20 ans, que 7 points d’imposition.
Et ceux qui sont déjà installés
Les titulaires du RNH conservent leur statut jusqu’au terme des 10 ans. Aucune prorogation n’est prévue, aucun transfert vers un conjoint ou un héritier non plus.
La vraie échéance à préparer est donc la sortie du régime. Un retraité entré en 2018 bascule en 2028 dans le barème portugais de droit commun, avec une pension nette qui recule d’un coup. Trois options se présentent alors. Rester et accepter la fiscalité locale. Revenir en France. Ou tenter un pays doté d’un régime dérogatoire, ce qui suppose d’en remplir la condition de non-résidence antérieure.
La décision se prépare 2 ou 3 ans avant l’échéance, avec un calcul net en main. Beaucoup de dossiers montrent un écart plus faible qu’attendu entre le Portugal au barème et la France, une fois pris en compte l’abattement de 10 % sur les pensions et le quotient familial français.