Pourquoi de plus en plus de retraités français s’installent à l’étranger

Femme senior avec lunettes regardant un ordinateur portable
Concentrée et attentive, elle consulte des documents sur son ordinateur. Un moment du quotidien baigné de lumière naturelle.

On présente souvent l’expatriation des retraités français comme une chasse aux impôts sous le soleil portugais ou marocain. Les chiffres publiés en 2025 et 2026 racontent une histoire différente. Plus d’un million de retraités français vivent aujourd’hui hors de France, 1 053 394 exactement fin 2025, selon les données de l’Assurance retraite (Cnav). Le facteur déterminant tient à l’érosion du pouvoir d’achat des pensions et à la complexité des démarches administratives, bien avant la recherche d’un avantage fiscal, selon le baromètre 2026 de l’association Français du monde. Comprendre ces mécanismes, à commencer par la fiscalité réelle et la couverture maladie, évite les mauvaises surprises à l’arrivée.

Combien de retraités français vivent aujourd’hui à l’étranger ?

Au 31 décembre 2025, le registre des Français établis hors de France comptait 1 784 975 inscrits, en hausse de 2,8% par rapport à 2023, selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Un chiffre à ne pas confondre avec celui des retraités : selon l’Assurance retraite (Cnav), 6,8% des 15,5 millions de retraités du régime général résident à l’étranger fin 2025, soit 1 053 394 personnes. La répartition géographique surprend : 51% vivent en Europe, 43% en Afrique, à peine 6% ailleurs dans le monde.

L’Afrique du Nord, portée par le Maroc, concentre une part du flux que peu d’articles mentionnent. Après plusieurs années de recul, le registre a retrouvé une légère croissance en 2025. Les projets de départ reprennent.

Le pouvoir d’achat pèse plus que la fiscalité dans la décision de partir

Prenons un cas concret. Une pension de 1 850 euros bruts à 64 ans, l’âge légal de départ depuis la réforme Borne de 2023, se rapproche de la moyenne nationale, établie autour de 1 800 euros bruts par mois en 2026 (1 914 euros pour les hommes, 1 208 euros pour les femmes). Sur le papier, la somme paraît suffisante. À l’usage, elle absorbe mal une revalorisation de 0,9% en janvier 2026, inférieure à une inflation mesurée à 1,2% par l’Insee. Entre 2013 et 2023, la pension moyenne des retraités a reculé de 1,4% en euros constants ; les revalorisations n’ont jamais totalement compensé l’inflation sur la période. Un lecteur qui compare sa propre situation trouvera des repères utiles dans notre article sur la petite retraite et les seuils qui la définissent.

Le baromètre 2026 de Français du monde, mené auprès de 25 688 répondants dans 162 pays, confirme ce diagnostic. La retraite et les droits sociaux arrivent en tête des inquiétudes, citée par 40,3% des répondants. Le coût de la vie, lui, a bondi dans le classement : 12% des préoccupations en 2019, 30,6% en 2026.

Le coût de la vie pèse pour 30,6% des inquiétudes exprimées par les Français de l’étranger en 2026, contre 12% en 2019 (Baromètre Français du monde, ADFE, 2026).

Cette même enquête pointe un angle mort. Parmi les répondants de plus de 45 ans, 51,9% n’ont engagé aucune démarche retraite. Ceux qui s’y sont attaqués rapportent des obstacles concrets, manque d’information pour 42,6% d’entre eux, complexité des accords internationaux pour 36,7%, délais de traitement pour 34,5%. Le système retraite français reste difficile à piloter depuis l’étranger, même pour ceux qui en maîtrisent les rouages en France.

Portugal, Espagne, Maroc, Thaïlande : où partent-ils réellement ?

Le Portugal reste la destination la plus citée, même après la fin du régime des résidents non habituels portugais, effective depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, qui a supprimé l’essentiel de l’avantage fiscal historique pour les nouveaux arrivants. L’Espagne attire un profil différent : compter sur environ 1 100 euros par mois à Alicante ou Malaga, avec un réseau médical public jugé fiable. Le Maroc et la Thaïlande occupent la partie basse du budget, entre 700 et 750 euros mensuels, portée par des loyers et des services moins chers qu’en France.

Au Maroc, l’argument fiscal est plus concret qu’ailleurs. Les pensions transférées sur un compte bancaire local bénéficient d’un abattement de 80%. La réserve, ici, tient au mécanisme lui-même : cet abattement ne s’applique qu’aux virements effectués sur un compte local et les frais de change, ainsi que les commissions bancaires, rognent une partie du gain pour les patrimoines transférés en une fois.

L’avantage affiché pour tel ou tel pays dépend entièrement de la convention fiscale bilatérale signée avec la France et de la nature de la pension versée : le régime de base et les régimes complémentaires ne suivent pas toujours les mêmes règles, sans compter le cas particulier des pensions de la fonction publique. Un ancien fonctionnaire d’État voit ainsi son traitement fiscal différer souvent de celui d’un salarié du privé retraité au même âge. Un conseil générique d’optimisation fiscale, valable pour n’importe quel profil, ignore cette variable.

À lire absolument :   Gel des retraites : le casse-tête du gouvernement

Ce que devient la pension une fois installé hors de France

Une pension française versée à un retraité fiscalement domicilié à l’étranger échappe, en principe, à la CSG, à la CRDS et à la Casa. Au-delà d’un seuil annuel fixé à 17 275 euros en 2026, une retenue à la source s’applique, sauf disposition contraire prévue par la convention fiscale entre la France et le pays de résidence. Les retraités domiciliés dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen et rattachés au régime français d’assurance maladie échappent à la CSG mais restent soumis à une cotisation maladie spécifique : 3,2% sur la pension de base, 4,2% sur les autres pensions.

Le transfert de la pension complémentaire suit une logique distincte. L’Agirc-Arrco continue de verser les points acquis quel que soit le pays de résidence, sans démarche de transfert au sens bancaire du terme ; seule la domiciliation du compte de réception change. La valeur du point, gelée depuis novembre 2025, ne varie donc pas selon le pays d’installation.

La couverture maladie, le point que la plupart découvrent trop tard

Un départ mal préparé se paie parfois à l’hôpital. Hors Union européenne, la carte européenne d’assurance maladie ne suit pas le retraité et les conventions bilatérales de sécurité sociale ne couvrent pas systématiquement les soins courants. La Caisse des Français de l’étranger propose un contrat dédié, RetraitExpat Santé, facturé 441 euros par trimestre en 2025, avec un remboursement calculé selon cinq zones géographiques, sous forme de forfait ou de pourcentage du tarif de référence.

L’adhésion n’est pas automatique : elle doit intervenir avant le départ ou dans les mois qui suivent selon les règles de la caisse, faute de quoi le retraité se retrouve sans filet le temps de régulariser son dossier. Le Maroc et la Thaïlande, cités plus haut, imposent chacun leurs propres règles d’accès aux cliniques privées pour les non-résidents assurés localement. Les détails du contrat figurent sur le site de la Caisse des Français de l’Étranger.

Les démarches à engager avant le départ

Un dossier retraite bien préparé limite les 41,2% d’obstacles relevés par le baromètre 2026. Cinq étapes couvrent l’essentiel des cas.

Les démarches à engager avant le départ
  1. Vérifier son estimation de pension sur le simulateur officiel Info Retraite (estimation indicative globale) au moins un an avant le départ.
  2. Contacter la Cnav ou la caisse de base concernée pour signaler le changement de domiciliation fiscale.
  3. Vérifier l’existence et le contenu de la convention fiscale bilatérale entre la France et le pays de destination.
  4. S’affilier à la CFE si le pays de résidence ne bénéficie d’aucune convention de sécurité sociale couvrant les soins courants.
  5. Ouvrir un compte bancaire local si le pays cible conditionne un avantage fiscal au virement des pensions sur place, comme au Maroc.

Ces étapes n’évitent pas tous les délais relevés par les répondants du baromètre. Elles réduisent tout de même la part liée au seul manque d’information, le motif le plus cité, devant la complexité des accords eux-mêmes.

Ce que les retraités demandent le plus souvent

Peut-on continuer à toucher sa retraite française en vivant à l’étranger ? Oui. La Cnav et l’Agirc-Arrco versent les pensions sans interruption quel que soit le pays de résidence, sur un compte bancaire français ou local selon le choix du retraité. Aucune démarche de transfert au sens propre n’existe.

Faut-il payer des impôts en France une fois installé à l’étranger ? Cela dépend de la convention fiscale bilatérale signée avec le pays de résidence. Une pension dépassant 17 275 euros annuels en 2026 est en principe soumise à une retenue à la source, sauf clause contraire.

Que devient la couverture santé quand on quitte le territoire français ? Hors Union européenne, elle dépend d’une adhésion volontaire à la CFE ou d’une assurance privée locale. Les conventions bilatérales de sécurité sociale ne couvrent pas toujours les soins courants.

Le régime fiscal portugais reste-t-il avantageux en 2026 ? Pour les nouveaux arrivants, non : le statut de résident non habituel a été supprimé depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, remplacé par l’imposition portugaise classique. Seuls les retraités déjà installés avant cette date conservent l’ancien régime jusqu’à son terme.

La réforme des retraites de 2023 a fixé l’âge légal de départ à 64 ans en France. Aucun texte équivalent n’a harmonisé le sort des pensions versées à l’étranger, un chantier que le baromètre 2026 place désormais juste derrière le pouvoir d’achat dans la liste des inquiétudes des Français hors de France.

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