L’abattement de 10 % sur les pensions de retraite a failli disparaître dans le budget 2026. Il a finalement survécu, grâce à un vote parlementaire sans appel le 13 novembre 2025. Pour les 17 millions de retraités concernés, c’est une confirmation essentielle : en déclarant vos revenus au printemps 2026, vous continuez à bénéficier d’un allégement automatique de votre base imposable, plafonné à 4 439 euros par foyer fiscal et avec un plancher de 454 euros par pensionné.
Comprendre précisément ce dispositif — son fonctionnement, ses limites réelles, et ce que le débat budgétaire révèle sur sa fragilité structurelle — est devenu indispensable pour anticiper votre situation fiscale et prendre les bonnes décisions patrimoniales.
Ce qu’est l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite
Instauré en 1978, l’abattement de 10 % sur les pensions constitue l’un des piliers durables de la fiscalité des retraités français. Son principe est direct : il réduit le revenu imposable déclaré par le pensionné, sans toucher au montant de la pension versée. Autrement dit, ce ne sont pas vos revenus qui diminuent, mais la base sur laquelle l’impôt sur le revenu est calculé.
L’abattement s’applique automatiquement, sans aucune démarche de votre part, à l’ensemble des pensions imposables déclarées dans la catégorie « pensions et retraites » :
- Pensions de base (CNAV, MSA, régimes spéciaux)
- Pensions complémentaires (AGIRC-Arrco, régimes complémentaires obligatoires)
- Pensions d’invalidité
- Pensions de réversion
L’administration fiscale calcule l’abattement directement à partir des montants nets imposables que vos caisses de retraite transmettent à impots.gouv.fr. Ces montants nets tiennent déjà compte de la fraction déductible de la CSG prélevée à la source sur votre pension.
Les montants 2026 : plancher, plafond, calcul concret
Pour la déclaration des revenus 2025 effectuée au printemps 2026, l’abattement de 10 % est encadré par deux bornes actualisées à +0,9 % par rapport à l’année précédente :
- Plancher : 454 € par pensionné. Si 10 % de votre pension annuelle représente un montant inférieur, l’abattement est automatiquement porté à ce minimum garanti.
- Plafond : 4 439 € par foyer fiscal. Les abattements de chaque membre du foyer sont additionnés, mais ne peuvent dépasser ce seuil global.
Un point souvent mal compris : le plancher s’apprécie par pensionné, tandis que le plafond s’applique par foyer. Un couple dont les deux conjoints perçoivent des pensions cumule deux planchers (908 € minimum garantis au total), mais partage un seul et même plafond de 4 439 €.
Exemple – retraité seul :
Pension annuelle nette imposable de 18 000 €. Abattement calculé : 1 800 € (entre plancher et plafond). Revenu imposable retenu : 16 200 €.
Exemple – couple :
Pensions cumulées de 50 000 €. Abattement théorique : 5 000 €, plafonné à 4 439 €. Revenu imposable retenu : 45 561 €.
Pour les foyers dont les pensions annuelles cumulées dépassent 44 390 €, le plafond s’applique systématiquement. Le simulateur d’impôt disponible sur impots.gouv.fr intègre ce calcul dans votre déclaration préremplie.
Le budget 2026 et le sursis parlementaire
Dans le projet de loi de finances pour 2026, le gouvernement a proposé de remplacer l’abattement de 10 % par un abattement forfaitaire fixe de 2 000 euros par membre du foyer. L’objectif affiché : dégager une économie budgétaire d’environ 1,2 milliard d’euros par an.
L’analyse menée par le rapporteur général du budget a révélé un bilan inégal. La réforme aurait créé deux catégories aux effets opposés :
- 39 % des retraités perdants — essentiellement ceux percevant des pensions moyennes entre 1 500 et 3 700 euros mensuels, pour qui le forfait de 2 000 € aurait été inférieur à leur abattement actuel de 10 %.
- 12 % de gagnants — les retraités aux pensions très modestes, pour qui le forfait fixe aurait dépassé leur abattement proportionnel.
Le 13 novembre 2025, l’Assemblée nationale a rejeté la mesure par 213 voix contre 17. Une coalition inédite — Rassemblement national, La France insoumise, Droite républicaine, groupe Écologiste et LIOT — a voté conjointement pour le maintien du dispositif existant. La loi de finances 2026, promulguée en février 2026, a officiellement confirmé ce maintien avec une revalorisation à +0,9 %.
Ce sursis ne clôt pas définitivement le débat. La Cour des comptes anticipe un déficit structurel persistant sur les finances publiques françaises. L’abattement de 10 %, inscrit à l’article 158 du Code général des impôts, reste modifiable par simple loi de finances. Une nouvelle tentative de réforme lors des prochains exercices budgétaires reste plausible.
L’abattement spécial pour les retraités de 65 ans et plus
En complément de l’abattement général de 10 %, les contribuables âgés de 65 ans ou plus (ou atteints d’une invalidité reconnue) dont le revenu fiscal de référence est modeste bénéficient d’un abattement spécial, prévu à l’article 157 bis du Code général des impôts.
Son montant dépend du revenu fiscal de référence (RFR) du foyer. Pour 2026 (revenus 2025) :
- 2 822 € par personne éligible si le RFR du foyer n’excède pas 17 670 €
- 1 411 € par personne éligible si le RFR est compris entre 17 670 € et 28 430 €
- Au-delà de 28 430 €, l’abattement spécial ne s’applique pas
Pour un couple dont les deux membres remplissent les conditions, ces montants sont doublés (jusqu’à 5 644 € de déduction supplémentaire). Cet abattement s’applique sur le revenu net global, après déduction de l’abattement de 10 % sur les pensions, et est calculé automatiquement par l’administration fiscale sans démarche de votre part. Les seuils sont actualisés chaque année sur impots.gouv.fr.
Optimiser sa fiscalité de retraité en 2026
L’abattement de 10 % est automatique et non modulable. Mais il peut être combiné avec d’autres leviers pour réduire l’impôt sur le revenu global du foyer.
Versements sur un Plan Épargne Retraite (PER). Si vous êtes encore en activité partielle ou si votre conjoint perçoit des revenus professionnels, les versements volontaires sur un PER sont déductibles du revenu imposable dans la limite du plafond épargne retraite applicable. Service-public.fr détaille les conditions d’accès et de calcul du plafond.
Rachats partiels sur une assurance-vie de plus de 8 ans. Les produits des contrats d’assurance-vie de plus de 8 ans bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune) sur les gains imposables. Cette marge peut être utilisée chaque année pour dégager un complément de revenus faiblement fiscalisé.
Déduction des pensions alimentaires versées. Les pensions versées à un enfant majeur non rattaché, ou à un ascendant dans le besoin, sont déductibles du revenu imposable, sous conditions de ressources du bénéficiaire et dans la limite du barème fixé par l’administration fiscale.
Option pour les frais réels. Théoriquement disponible pour les retraités, cette option ne présente d’intérêt que dans des situations très atypiques : elle impose de renoncer à l’abattement de 10 % et de justifier des dépenses déductibles supérieures à ce forfait. Si vous vous trouvez dans ce cas, une simulation précise sur un simulateur dédié est indispensable avant de faire ce choix en déclaration.
Pour une réflexion plus globale sur la réorganisation de votre patrimoine à la retraite, ces différents leviers gagnent à être considérés ensemble, en tenant compte de votre situation familiale et de votre tranche marginale d’imposition.
Questions fréquentes sur l’abattement fiscal des retraités
L’abattement de 10 % s’applique-t-il aux pensions complémentaires AGIRC-Arrco ?
Oui. Les pensions versées par l’AGIRC-Arrco sont imposables dans la catégorie « pensions et retraites » et bénéficient de l’abattement de 10 % au même titre que la pension de base. C’est l’ensemble des pensions nettes imposables du foyer qui constitue la base de calcul, qu’elles proviennent du régime général, du régime complémentaire ou de régimes spéciaux.
La pension de réversion entre-t-elle dans le calcul de l’abattement ?
Oui. La pension de réversion versée par les régimes de base et complémentaires est fiscalement traitée comme une pension de retraite. Elle entre donc dans l’assiette de calcul de l’abattement de 10 %. Le montant net imposable figure sur l’attestation fiscale annuelle que votre caisse de retraite vous adresse chaque année.
L’abattement de 10 % peut-il être supprimé dans un prochain budget ?
La tentative inscrite dans le PLF 2026 a échoué, mais aucun mécanisme ne garantit la pérennité du dispositif. Inscrit à l’article 158 du Code général des impôts, il est modifiable par simple loi de finances ordinaire. La trajectoire budgétaire de la France rend une nouvelle tentative de réforme plausible à moyen terme. Suivre les annonces sur impots.gouv.fr et les projets de loi de finances reste le meilleur moyen d’anticiper tout changement.
Comment est calculé l’abattement pour un couple de retraités ?
Chaque membre du foyer bénéficie individuellement du plancher (454 € par pensionné). Les abattements individuels sont ensuite additionnés, puis comparés au plafond commun du foyer (4 439 €). Si la somme des deux abattements dépasse ce plafond, c’est le plafond global qui s’applique à l’ensemble du foyer. Dans tous les cas, ce calcul est effectué automatiquement par l’administration fiscale lors du traitement de votre déclaration.
Où retrouver le montant de mon abattement appliqué sur ma déclaration ?
Sur votre avis d’imposition, l’abattement de 10 % apparaît dans la rubrique « Pensions, retraites, rentes ». Il est également visible lors de la déclaration en ligne sur impots.gouv.fr, dans le récapitulatif des revenus catégoriels, avant la validation définitive. En cas de doute sur le montant net imposable déclaré par votre caisse de retraite, rapprochez-vous directement de l’Assurance retraite ou de votre régime complémentaire.