Faudra-t-il partir à la retraite après 67 ans pour sauver le système ? Dans son rapport du 11 juin 2026, le Conseil d’orientation des retraites (COR) calcule que le seul levier de l’âge exigerait un âge moyen de départ de 67,6 ans en 2070, contre 64,6 ans à législation inchangée. Ce calcul décrit un effort théorique. Aucune réforme n’est décidée ni proposée dans ce document. Pour qui regarde déjà une pension estimée à 1 850 euros brut en se disant « j’avais cotisé pour mieux », le chiffre alarme, et il demande à être lu avec son contexte.
Ce que le COR a publié le 11 juin 2026
0,2 % du PIB. C’est le déficit du système de retraite en 2025, soit 5,1 milliards d’euros. Le COR projette 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % dans sa projection de l’an dernier. La cause tient à la démographie : le rapport retient désormais 1,45 enfant par femme à partir de 2028 et un solde migratoire de 150 000 personnes par an, avec une productivité horaire en hausse de 0,7 % par an et un chômage de 7 % à partir de 2040.
À législation inchangée, l’âge conjoncturel de départ passe de 63,1 ans en 2025 à 64,6 ans vers 2040, puis reste stable jusqu’en 2070. Ce palier intègre déjà le relèvement de 62 à 64 ans de l’âge d’ouverture des droits voté en 2023, suspension comprise (qui touche les générations 1964 à 1968). Les 67,6 ans représentent donc 3,0 années de plus que cette trajectoire.
« Ces simulations ont une vocation exclusivement pédagogique et ne constituent en aucune manière des propositions de réforme. » (COR, rapport annuel, juin 2026)
La mise en garde figure dans le chapitre 6 du rapport annuel du COR. Pour les étapes intermédiaires, le rapport publié donne 64,2 ans en 2030 et 65,6 ans en 2045.
Les leviers du COR, chiffrés un par un
Le COR ne fait varier qu’un seul levier à la fois, les autres suivant leur trajectoire spontanée. Le tableau chiffre ce que chacun devrait fournir pour équilibrer les comptes chaque année : l’âge de départ et la pension moyenne relative (le rapport entre la pension moyenne et le revenu moyen d’activité), puis le taux de prélèvement, qui regroupe cotisations salariés et employeurs.
| Levier mobilisé seul | 2030 | 2045 | 2070 |
|---|---|---|---|
| Âge moyen de départ | 64,2 ans (+0,3 an) | 65,6 ans (+1,2 an) | 67,6 ans (+3,0 ans) |
| Pension moyenne relative | -1,0 point | -3,3 points | -7,4 points |
| Taux de prélèvement | +0,5 point (base 32,3 %) | +2,1 points | +5,6 points |
Lue en mois, la colonne de l’âge change d’échelle : environ 4 mois d’effort en 2030, 14 mois en 2045 puis 36 mois en 2070. L’essentiel de la facture tombe donc après 2045.
Pourquoi l’âge reste le levier le moins coûteux pour l’économie
C’est le seul des quatre leviers que le COR juge expansif pour le PIB et l’emploi, quand les trois autres sont récessifs (chapitre 6). Modérer les pensions de 6 milliards d’euros retire 0,1 à 0,2 % de PIB et 10 000 à 25 000 emplois à 10 ans ; la même somme levée en cotisations employeurs détruit 20 000 à 75 000 emplois sur la même période. Le report de l’âge produit l’effet inverse. Relever d’un an l’âge d’ouverture des droits ajouterait 0,5 à 0,7 % de PIB et 160 000 à 250 000 emplois à 10 ans, selon les chiffrages repris par le COR.
Les recettes publiques augmentent alors au-delà des seules cotisations retraite, via la TVA et l’impôt sur le revenu et sur les sociétés. Le COR en fait la seule voie « expansive » des quatre étudiées, avec une contrepartie qu’il nomme : moins de temps libre, dont la valeur dépend de chaque situation personnelle.
Ces chiffres ont un périmètre étroit. Les calculs sont mécaniques : ils ignorent l’interaction entre leviers et le bouclage macroéconomique, y compris les effets d’éviction entre catégories d’actifs. Un recul de l’âge fait aussi monter le chômage à court terme, notamment chez les plus jeunes, avant que l’ajustement du marché du travail ne l’absorbe.
Les pensions, l’autre curseur
Le levier pension a un prolongement budgétaire immédiat. Pour équilibrer les cinq prochaines années par la seule masse des pensions, le COR calcule une baisse de 1,4 % dès 2026, puis de 4,5 % sur 25 ans et de 8,6 % jusqu’en 2070. Le débat sur la désindexation des pensions dans le budget 2027 relève de ce levier-là et se traite à part ; il ne décide rien sur l’âge.
Que devient votre date de départ ?
Une personne née à partir de 1969 demande surtout si elle devra travailler jusqu’à 68 ans. Les règles actuelles répondent : âge légal de 64 ans pour les générations nées à partir de 1969, 172 trimestres validés pour le taux plein ; taux plein automatique à 67 ans, âge d’annulation de la décote fixé depuis la réforme de 2010. Le COR parle d’âge moyen. Une moyenne de 67,6 ans dépasse de 0,6 an l’âge où la décote disparaît, et le rapport ne précise pas si ce seuil de 67 ans serait lui aussi relevé. Au-delà du taux plein, seule la surcote de 1,25 % par trimestre majore la pension, tandis que la décote, selon Service-Public, retranche 0,625 point par trimestre manquant.
À 61 ans, un quart des personnes ne sont ni en emploi ni à la retraite
Le même rapport contient un angle mort. À 61 ans, 24,5 % des personnes ne sont ni en emploi ni à la retraite : 3,8 % au chômage et 20,7 % inactives, dont 14,5 % pour raison de santé. La part tombe à 14,7 % à 62 ans puis à 3,9 % à 67 ans, où 87,8 % sont retraités. Le taux d’emploi des 60-64 ans atteint 44,4 % en 2025 (+2,0 points sur un an après +3,4 points en 2024), celui des 65-69 ans stagne autour de 11 %.
Un relèvement de l’âge légal prolongerait, pour cette tranche, une période sans emploi ni pension. Le dispositif carrière longue et la retraite progressive servent aujourd’hui de passerelles avant l’âge légal.
L’âge moyen ne se lève jamais un matin pour prendre sa retraite.