Le simulateur Info Retraite affiche-t-il un âge de départ différent de celui que vous aviez noté il y a un an ? Pour les générations nées entre 1964 et 1970, la réponse est souvent oui. Un décret publié au Journal officiel le 8 mai 2026 gèle une partie du calendrier de la réforme Borne et ajoute, pour les carrières longues, jusqu’à deux trimestres liés aux enfants. Ces règles s’appliquent aux départs à compter du 1er septembre 2026. Les générations nées à partir de 1969 restent, elles, soumises à l’âge légal de 64 ans fixé par la loi de 2023.
Cette rentrée cristallise trois mesures votées à des moments différents et appliquées le même jour. La loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026, adoptée par le Parlement le 16 décembre 2025 puis promulguée fin décembre après validation du Conseil constitutionnel, gèle le relèvement de l’âge légal pour certaines générations. Une circulaire de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), la circulaire 2026-07 du 5 mars 2026, en précise l’application. Le décret du 8 mai 2026, lui, s’occupe spécifiquement des carrières longues : dernier maillon de trois textes publiés à des dates différentes, tous applicables à partir du 1er septembre.
Le gel de l’âge légal, génération par génération
Prenez la génération 1964. Sans ce gel, elle serait partie à 63 ans. Avec la suspension inscrite dans la LFSS 2026, elle conserve un départ à 62 ans et 9 mois, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 et jusqu’au 1er janvier 2028. Passé cette date, sauf nouvelle loi, le calendrier initial de la réforme de 2023 reprend son cours. Les assurés nés en 1969 et après ne bénéficient d’aucun gel : l’âge légal reste fixé à 64 ans pour eux, sans ambiguïté.
Pour les carrières longues, la table publiée par l’Assurance retraite en juin 2026 détaille les âges de départ anticipé et les durées d’assurance requises, génération par génération, mois de naissance par mois de naissance parfois.
| Génération | Âge de départ carrière longue | Durée d’assurance requise |
|---|---|---|
| 1964 | 60 ans et 6 mois | 170 trimestres |
| Janvier à mars 1965 | 60 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| Avril à novembre 1965 | 60 ans et 9 mois | 171 trimestres |
| Décembre 1965 | 60 ans et 8 mois | 171 trimestres |
| 1966 | 60 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| 1967 | 61 ans | 172 trimestres |
| 1968 | 61 ans et 3 mois | 172 trimestres |
| 1969 | 61 ans et 6 mois | 172 trimestres |
| 1970 | 61 ans et 9 mois | 172 trimestres |
Ce tableau ne concerne que le dispositif carrière longue. Rien n’empêche un assuré né en 1968 de partir au régime général classique s’il n’a pas commencé à travailler assez tôt pour y prétendre.
Deux trimestres de plus pour les parents qui partent en carrière longue
Au Sénat, le 25 novembre 2025, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou présentait la mesure en une phrase.
« Cette disposition tend à prendre en compte des trimestres de majoration de durée d’assurance dans les carrières longues, ce qui permettra à davantage de mères de profiter d’une retraite anticipée. »
Concrètement, à partir du 1er septembre 2026, jusqu’à deux trimestres validés pourront être retenus dans le calcul de l’âge de départ en carrière longue : ceux accordés pour la maternité et l’éducation des enfants et, plus marginalement, pour une adoption ou un congé parental. Le gain maximal atteint six mois de départ anticipé. Le décret ne tranche pas encore la question de son ouverture aux pères ayant bénéficié d’un partage de trimestres. Le guide des pensions publié par la CFDT-Retraités évoque une limite stricte de deux trimestres ajoutés, quel que soit le nombre d’enfants.
Jusqu’à quand dure ce gel ?
La suspension expire le 1er janvier 2028. À cette date, sauf nouvelle intervention du législateur, le calendrier voté en 2023 reprend sa progression vers 64 ans pour l’ensemble des générations suivantes. Les mesures déjà en vigueur depuis 2023, dont l’allongement de la durée de cotisation à 172 trimestres pour la génération 1965 et suivantes, ne sont ni annulées ni réécrites ; elles sont mises entre parenthèses pour un nombre limité de générations, celles nées avant 1971, avant de reprendre leur cours à une date déjà fixée par la loi.

L’effet sur le montant net de la pension
Une pension calculée plus tôt n’est pas forcément une pension plus élevée. Deux mécanismes jouent en sens contraire cette année. La pension de base a été revalorisée de 0,9% au 1er janvier 2026, conformément à l’indexation légale sur l’inflation hors tabac. La retraite complémentaire, elle, stagne : la valeur de service du point Agirc-Arrco reste fixée à 1,4386 € en 2026, faute d’accord entre partenaires sociaux sur son indexation au 1er novembre 2025. Pour un retraité dont la complémentaire pèse un tiers ou la moitié du revenu total, la hausse effective de la pension globale reste nettement sous la barre des 0,9%.
Prenez un retraité né en 1962, taux plein atteint, pension de base à 1 200 € et complémentaire à 650 €. La base grimpe à 1 211 €. La complémentaire reste à 650 €. Le total progresse de 1 850 € à 1 861 €, soit 0,6%, loin des 0,9% affichés en une.
Racheter des trimestres, un calcul qui a changé de sens
« Je sais pas si je dois racheter mes trimestres ou pas, c’est tellement opaque » : la question revient dans chaque forum de préparation retraite depuis que le gel de l’âge légal a bougé les repères. Le rachat de trimestres au titre des années d’études supérieures ou des années incomplètes reste ouvert en 2026, à un tarif qui grimpe avec l’âge et le revenu au moment de la demande. Pour les salariés du régime général, chaque année rachetée ouvre droit, en parallèle, à 140 points Agirc-Arrco, dans la limite de trois années rachetées, soit 420 points au maximum.
Le calcul ne se généralise pas d’un profil à l’autre. Un assuré à deux trimestres du taux plein amortit son rachat en quelques années de pension supplémentaire. Au-delà de trois années rachetées, le gain marginal s’effondre net et le retour sur investissement dépasse rarement 10 ans, une donnée que peu de simulateurs commerciaux affichent noir sur blanc. Une simulation individuelle sur le compte Info Retraite, avec la vraie durée d’assurance déjà validée, reste le seul point de départ fiable, avant tout rendez-vous avec un conseiller.
Cumul emploi-retraite : stable en 2026, remanié en 2027
Depuis le 1er janvier 2024, un assuré en cumul emploi-retraite intégral (toutes pensions liquidées, taux plein atteint) peut cotiser sur de nouveaux points Agirc-Arrco et ouvrir droit à une seconde pension. Le plafond de revenus pour ce cumul reste calé, en 2026, sur le plafond annuel de la sécurité sociale, soit 48 060 € par an. Ce cadre ne survivra pas tel quel : à partir de 2027, un plafonnement différencié selon l’âge de l’assuré doit remplacer la règle actuelle, plus souple avant l’âge légal et resserré passé 67 ans. Rien n’a encore été publié au Journal officiel sur ce volet ; les paramètres exacts restent à confirmer par décret d’application.
Questions fréquentes sur la rentrée retraite 2026
Faut-il attendre septembre pour déposer sa demande de retraite ?
Non. Le dossier peut être déposé plusieurs mois à l’avance auprès de la CNAV ; seule la date d’effet de la pension doit tomber à compter du 1er septembre 2026 pour bénéficier des nouvelles règles.
Le gel de l’âge légal s’applique-t-il aussi aux indépendants et aux fonctionnaires ?
Oui, sur le principe : la suspension inscrite dans la LFSS 2026 vise l’âge légal et la durée d’assurance, communs à tous les régimes alignés. Les paramètres propres à chaque régime (fonction publique, professions libérales) restent à vérifier auprès de sa caisse.
Une pension déjà liquidée avant septembre 2026 est-elle recalculée ?
Non. Les nouvelles règles ne s’appliquent qu’aux pensions dont la date d’effet est postérieure au 1er septembre 2026, jamais de façon rétroactive.
Un décret publié en mai, une circulaire de mars, une loi votée en décembre : le calendrier retraite 2026 s’est construit par couches successives, chacune corrigeant la précédente sans l’effacer. Le 1er septembre reste la seule date qui compte vraiment.