Carrières fragmentées, emploi à temps partiel, années sans cotisations, études longues : pour beaucoup de futurs retraités, le compte de trimestres est insuffisant au moment de liquider leur pension. Résultat : une retraite calculée avec décote, ou un montant mensuel très faible malgré des décennies de travail. Heureusement, plusieurs dispositifs officiels permettent de limiter l’impact — ou d’obtenir un complément de revenu garanti. Voici les cinq solutions concrètes à connaître en 2026.
Ce que signifie ne pas avoir assez cotisé
Pour bénéficier d’une retraite à taux plein (50 % du salaire annuel moyen de vos 25 meilleures années), vous devez réunir une durée d’assurance précise. Pour la plupart des générations, ce seuil atteint 172 trimestres (43 ans de cotisations). Attention : la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 a suspendu certains effets de la réforme 2023 — les assurés nés entre janvier et novembre 1965 n’ont besoin que de 170 trimestres, et des ajustements peuvent s’appliquer selon votre génération (1964–1968). Vérifiez votre durée exacte sur info-retraite.fr ou lassuranceretraite.fr.
Si vous partez en retraite avant d’avoir réuni ce quota et avant l’âge de 67 ans, votre pension est calculée avec une décote : chaque trimestre manquant réduit votre taux de liquidation de 1,25 %. Par exemple, 8 trimestres manquants réduisent votre retraite d’environ 10 % (8 × 0,625 point = 5 points de taux, soit 45 % au lieu de 50 %).
À l’inverse, si vous attendez 67 ans, le taux plein (50 %) s’applique automatiquement, quel que soit le nombre de trimestres validés. C’est ce qu’on appelle l’âge du taux plein automatique. Toutefois, même avec un taux de 50 %, une carrière à faible rémunération peut aboutir à une pension très modeste — c’est là qu’interviennent les garanties de ressources présentées ci-dessous.
Solution 1 : racheter des trimestres manquants
Le rachat de trimestres vous permet de verser volontairement des cotisations pour combler des périodes non couvertes. Deux motifs principaux ouvrent ce droit :
- Années incomplètes : années de cotisation pour lesquelles vous n’avez pas validé 4 trimestres (emploi saisonnier, stage rémunéré, période partielle trop courte) ;
- Études supérieures : années scolaires ou universitaires validées après le baccalauréat, dans la limite de 12 trimestres.
Le coût d’un trimestre racheté n’est pas fixe : il dépend de vos revenus professionnels des 12 derniers mois, de votre âge et de l’option choisie (rachat pour le taux seul, ou pour le taux et la durée). Plus vous êtes jeune au moment de la demande, moins le rachat est coûteux. Avantage fiscal à ne pas négliger : les sommes versées sont intégralement déductibles de votre revenu imposable, ce qui réduit le coût net réel en fonction de votre tranche marginale d’imposition.
Vous pouvez simuler le coût précis de vos trimestres sur le simulateur officiel de lassuranceretraite.fr. La demande se fait auprès de votre Carsat (caisse régionale d’assurance retraite) et peut être réglée au comptant ou de façon échelonnée.
Quand est-ce intéressant ? Le rachat est rentable si vous êtes à 1 à 4 trimestres du taux plein et encore en activité. Si le nombre de trimestres manquants est élevé, il peut être plus judicieux de continuer à travailler ou d’attendre 67 ans.
Solution 2 : travailler plus longtemps ou passer en retraite progressive
La solution la plus directe est de continuer à travailler jusqu’à réunir le nombre de trimestres requis — ou jusqu’à 67 ans pour bénéficier du taux plein automatique. Chaque trimestre cotisé au-delà du seuil du taux plein génère en outre une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire, ce qui augmente définitivement votre pension.
Si vous souhaitez réduire votre activité progressivement, la retraite progressive est une option officielle. Depuis le 1er septembre 2025, son accès a été abaissé à 60 ans (contre 62 ans auparavant), à condition de justifier d’au moins 150 trimestres validés tous régimes confondus. Elle vous permet de cumuler un emploi à temps partiel (entre 40 % et 80 % de la durée légale) avec une fraction de votre pension, tout en continuant à acquérir des trimestres. Votre pension définitive est recalculée lors de la liquidation totale, ce qui peut améliorer significativement le montant final.
Après la liquidation définitive, le cumul emploi-retraite intégral — accessible si vous avez liquidé toutes vos pensions de base et complémentaires — vous permet de reprendre une activité et de générer de nouveaux droits à retraite depuis la réforme de 2023. Ces nouveaux droits ouvrent droit à une deuxième pension liquidée ultérieurement.
Solution 3 : le minimum contributif, le plancher des petites pensions
Le minimum contributif (MICO) est une garantie de plancher pour les assurés dont la pension de base serait trop faible malgré un départ à taux plein. Il est attribué automatiquement par votre caisse si vous remplissez deux conditions cumulatives :
- Partir en retraite à taux plein (50 %) — que ce soit par la durée d’assurance ou par l’âge à 67 ans ;
- Avoir cotisé toute ou partie de votre carrière sur des salaires modestes.
Au 1er janvier 2026, les montants du MICO sont les suivants (source : solidarites.gouv.fr, revalorisation +1,18 % au 1er janvier 2026) :
- MICO de base : 756,29 €/mois (pour les assurés justifiant de moins de 120 trimestres cotisés tous régimes confondus) ;
- MICO majoré : 903,93 €/mois (pour les assurés justifiant d’au moins 120 trimestres de cotisations effectives).
Le MICO s’applique dans la limite d’un plafond de cumul de pensions personnelles fixé à 1 410,89 €/mois au 1er janvier 2026. Si votre total de pensions dépasse ce seuil, le MICO n’est pas accordé ou est réduit. Ces montants sont actualisés chaque 1er janvier en fonction de l’évolution du SMIC.
À noter : le minimum contributif est distinct de l’ASPA. Si votre pension reste insuffisante après application du MICO, l’ASPA peut compléter vos ressources jusqu’à un seuil garanti.
Solution 4 : l’ASPA, le filet de sécurité des retraités les plus modestes
L’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) — anciennement appelée « minimum vieillesse » — est destinée aux retraités dont l’ensemble des ressources reste inférieur à un seuil garanti. Elle ne constitue pas une pension : c’est une aide différentielle qui complète vos revenus jusqu’au plancher fixé.
Montants de l’ASPA au 1er janvier 2026
Au 1er janvier 2026 (source : service-public.fr, circulaire CNAV 2025-29) :
- Personne vivant seule : 1 043,59 €/mois (12 523,14 €/an) ;
- Couple (deux bénéficiaires) : 1 620,18 €/mois (19 442,21 €/an).
Si vos ressources sont nulles, vous percevez l’intégralité du montant. Si vous avez déjà une pension, vous percevez la différence entre vos ressources et le plafond.
Conditions d’éligibilité
- Âge : 65 ans minimum ; 62 ans pour les personnes reconnues inaptes au travail, invalides (taux d’invalidité ≥ 50 %), ou relevant du dispositif retraite anticipée pour carrière longue ;
- Résidence en France : au moins 9 mois par an en métropole ou dans les DOM ;
- Avoir demandé et liquidé l’intégralité de ses pensions de retraite de base et complémentaires auxquelles vous avez droit.
La clause de récupération sur succession
L’ASPA n’est pas un droit acquis définitivement : elle est récupérable sur la succession. Si l’actif net successoral dépasse 108 586 € en métropole (150 000 € dans les DOM), les sommes perçues sont récupérées par l’État sur la part excédentaire, dans la limite de 8 463 €/an par bénéficiaire. En deçà de ces seuils, aucune récupération n’est effectuée. Si vous disposez d’un patrimoine immobilier, étudiez cette clause avec attention avant de faire la demande.
Comment demander l’ASPA ?
Le versement n’est pas automatique : vous devez en faire la demande auprès de votre caisse de retraite principale (Carsat, MSA, ou autre). Si vous ne percevez aucune pension, adressez-vous à votre mairie. Le formulaire de demande est disponible sur le site de l’Assurance retraite.
Solution 5 : la pension de réversion pour le conjoint survivant
Si votre conjoint est décédé, vous pouvez avoir droit à la pension de réversion, versée par le régime général. Elle correspond à 54 % de la retraite que percevait ou aurait perçue le défunt. Son versement est conditionné à vos propres ressources : les plafonds, actualisés chaque année, sont consultables sur service-public.fr.
Au 1er janvier 2026, le montant minimum de la pension de réversion au régime général est fixé à 334,92 €/mois (4 019,13 €/an), à condition que le défunt justifie d’au moins 60 trimestres validés au régime général. En deçà de ce seuil de trimestres, le minimum est calculé au prorata (source : circulaire CNAV 2026-01).
La pension de réversion peut se cumuler avec l’ASPA si votre total de ressources reste inférieur au plafond garanti. C’est un point important à vérifier auprès de votre caisse dès votre première demande.
Quelle solution correspond à votre situation ?
Ces cinq dispositifs ne s’excluent pas tous mutuellement — certains se cumulent, d’autres non. Voici un repère rapide :
- Vous êtes encore en activité et manquez peu de trimestres → envisagez le rachat de trimestres ou prolongez votre activité ;
- Vous avez cotisé toute une carrière sur de petits salaires et partez à taux plein → le minimum contributif s’applique automatiquement ;
- Votre pension est très faible et vous avez 65 ans ou plus → demandez l’ASPA sans attendre ;
- Vous êtes veuf ou veuve → vérifiez vos droits à la pension de réversion, cumulable avec d’autres aides selon vos ressources.
Pour une estimation personnalisée à partir de votre relevé de carrière réel, utilisez le simulateur disponible sur info-retraite.fr. Il agrège les données de tous vos régimes (régime général, complémentaire Agirc-Arrco, régimes spéciaux) et vous donne une projection de pension à différents âges de départ.
Questions fréquentes
À quel âge peut-on partir à la retraite sans décote même sans avoir assez de trimestres ?
L’âge du taux plein automatique est fixé à 67 ans. À cet âge, votre retraite de base est calculée au taux maximum de 50 %, quel que soit le nombre de trimestres validés. Vous n’avez pas besoin d’avoir 172 trimestres pour en bénéficier. En contrepartie, les années cotisées après 67 ans ne génèrent pas de surcote supplémentaire.
Combien coûte le rachat d’un trimestre en 2026 ?
Il n’existe pas de tarif unique. Le prix dépend de vos revenus professionnels des 12 derniers mois, de votre âge et de l’option choisie. La seule façon d’obtenir un chiffre précis est d’utiliser le simulateur officiel sur lassuranceretraite.fr. Le montant est déductible de vos revenus imposables, ce qui réduit le coût net.
L’ASPA est-elle récupérée sur la succession après le décès ?
Oui, mais uniquement si l’actif net de la succession dépasse 108 586 € en métropole (150 000 € dans les DOM). La récupération est plafonnée à 8 463 €/an par bénéficiaire. En dessous de ce seuil de patrimoine, aucune somme n’est récupérée par l’État.
Le minimum contributif et l’ASPA peuvent-ils se cumuler ?
Non. Le minimum contributif est un plancher intégré dans le calcul de votre pension de base au moment de la liquidation. L’ASPA intervient en aval : si votre total de ressources (toutes pensions confondues, MICO inclus) reste inférieur au plafond ASPA, vous pouvez alors demander l’ASPA pour combler la différence. Ce sont deux étages successifs, non cumulables entre eux.
Peut-on toucher une retraite si l’on n’a jamais travaillé en France ?
Si vous n’avez jamais cotisé à un régime de retraite français, vous n’avez pas droit à une pension de retraite. Toutefois, sous conditions de ressources et de résidence (9 mois/an en France), vous pouvez bénéficier de l’ASPA à partir de 65 ans. Elle garantit en 2026 un minimum de 1 043,59 €/mois pour une personne seule, même sans aucune pension.