Retraite : pourquoi 43% des Français misent tout sur leur pension (et les risques)

Femme dans la quarantaine consultant ses documents de retraite dans un appartement lumineux

Pourtant, c’est d’abord une contrainte financière, souvent prise pour un choix délibéré. En juin 2026, le 8e baromètre de l’épargne Ifop/Altaprofits, mené auprès de 2 412 personnes, révèle que 43% des actifs déclarent compter exclusivement sur leur pension issue du régime par répartition pour vivre une fois leur carrière terminée. En hausse de 15 points en un an. Ce qui préoccupe davantage : 70% de ces mêmes personnes admettent ne pas savoir évaluer le montant de leur future retraite. Beaucoup misent tout sur une somme qu’ils n’ont jamais calculée, dans un système dont le taux de remplacement recule à chaque génération.

Ce que dit vraiment le baromètre Ifop/Altaprofits 2026

L’étude est publiée le 4 juin 2026. Elle porte sur 2 412 actifs français, toutes catégories socioprofessionnelles confondues. Trois actifs sur quatre anticipent une baisse de leurs revenus à la retraite, mais peu ont calculé leur taux de remplacement effectif.

La proportion d’actifs qui déclarent ne pouvoir compter que sur la pension du régime général (CNAV, AGIRC-ARRCO) bondit de 28% à 43% en douze mois. Selon Altaprofits, ce mouvement s’explique moins par un désintérêt pour l’épargne que par une contrainte financière réelle : le revenu disponible ne laisse tout simplement pas de marge pour épargner davantage. La proportion monte à 55% chez les ouvriers et dépasse 60% chez les personnes qui épargnent rarement ou jamais.

Le plan d’épargne retraite (PER) dépasse pourtant 150 milliards d’euros d’encours pour 12,9 millions de titulaires fin 2025, en hausse de 20% sur un an d’après les données de Bercy et de France Assureurs. Deux France coexistent : une minorité qui capitalise sur un PER individuel ou un PER collectif d’entreprise et une majorité qui s’en remet à la répartition.

Le taux de remplacement baisse à chaque génération

1 705 euros bruts. C’est la pension mensuelle moyenne de droit direct versée fin 2024 aux 17,3 millions de retraités résidant en France, selon les données DREES publiées en 2025. La somme paraît raisonnable. Elle devient moins lisible rapportée au dernier salaire.

Pour la génération née en 1946, le taux de remplacement médian du salaire net de fin de carrière atteignait 74% pour les hommes et 72,5% pour les femmes selon la DREES. Ces chiffres baissent d’une génération à l’autre, de façon mesurable : 3,4 points de moins dans le secteur privé, 7,3 points dans le secteur public, entre les générations 1936 et 1946 déjà. Les projections du Conseil d’orientation des retraites dans son rapport de juin 2025 indiquent que le taux de remplacement moyen pourrait descendre à 45% d’ici 2070, dans le scénario central.

Pour une personne dont la pension avoisine 1 850 euros bruts, le calcul est brutal. Avec une décote liée à des trimestres manquants ou un départ avant le taux plein, la somme effective peut tomber sous les 1 600 euros nets. Pour la majorité des ménages, les revenus patrimoniaux ne comblent pas cette différence.

Pourquoi la pension ne suffit plus à stabiliser le pouvoir d’achat

Depuis 2017, les pensions de retraite de base ont progressé de 13,6% cumulés, quand l’inflation cumulée sur la même période atteignait 19,5%. L’écart de 5,9 points est une perte de pouvoir d’achat réelle, silencieuse mais inscrite dans les chiffres. La revalorisation de 2,2% appliquée au 1er janvier 2025 a partiellement corrigé le tir. Début 2026, elle n’a été que de 0,9%.

Le contexte budgétaire aggrave l’incertitude. Le gouvernement avait envisagé un gel des pensions de base en 2026 pour dégager environ 3,6 milliards d’euros d’économies. Le Parlement a rejeté l’option mais l’épisode a révélé quelque chose de structurel : la revalorisation des pensions dépend d’arbitrages politiques annuels, pas d’une règle automatique gravée dans le marbre.

À noter : les pensions complémentaires AGIRC-ARRCO n’ont pas été revalorisées au 1er novembre 2025, faute d’accord entre les partenaires sociaux. Pour les retraités du secteur privé, dont la pension complémentaire est souvent un tiers du total, c’est un signal d’alerte supplémentaire.

Les quatre risques que 70% des actifs n’ont pas calculé

Tout miser sur la pension n’est pas toujours un choix : beaucoup n’ont pas d’autre option. Mais il existe quatre risques que même les actifs informés sous-estiment.

  1. Le risque de décote. Chaque trimestre manquant pour atteindre le taux plein entraîne une décote de 1,25% par trimestre sur la pension de base. Une personne qui part à 64 ans avec 160 trimestres validés au lieu des 170 à 171 trimestres requis pour la génération 1965 (la loi Borne 2023 prévoyait 172, mais la réforme est suspendue depuis 2025) subit une décote permanente. Sur 20 ans de retraite, le manque à gagner cumulé peut dépasser 30 000 euros.
  2. Le risque d’inflation sectorielle. L’indice utilisé pour la revalorisation des pensions est l’inflation générale. Or les postes de dépenses des retraités, santé, énergie, services à domicile, progressent structurellement plus vite. Le panier réel d’un retraité de 75 ans diverge du panier moyen INSEE.
  3. Le risque de dépendance. La prise en charge de la perte d’autonomie reste en grande partie à la charge des ménages. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) couvre une fraction du coût réel d’un EHPAD ou d’une aide à domicile intensive. Une pension de 1 500 euros nets ne suffit pas à financer un maintien à domicile médicalisé dont le coût moyen dépasse 2 000 euros mensuels dans les grandes agglomérations.
  4. Le risque de longévité. L’espérance de vie à 62 ans en France est de 26 ans pour une femme et de 22 ans pour un homme (données INSEE 2024, interpolation entre les tables à 60 et 65 ans). Une pension calculée sur la base du salaire de fin de carrière peut devenir insuffisante sur un horizon de 25 ans si le pouvoir d’achat s’érode et que des dépenses imprévues surgissent en deuxième partie de retraite.
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L’objection légitime : l’épargne reste inaccessible pour une large part des actifs

55% des ouvriers et 60% des personnes qui épargnent rarement ne peuvent tout simplement pas diversifier. La contrainte est financière : les charges courantes absorbent l’essentiel du salaire. Un actif qui termine sa carrière à 1 900 euros nets ne peut pas alimenter un PER individuel à hauteur de 200 euros par mois.

Ce que les guides financiers standard passent sous silence : même un effort minimal et irrégulier sur une assurance-vie multisupport peut créer un matelas utile. L’abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple) sur les gains d’une assurance-vie après 8 ans de détention reste un avantage fiscal concret, sans nécessiter une épargne mensuelle élevée. Un versement unique de 5 000 euros à 50 ans, investi sur des unités de compte diversifiées, peut produire un capital net de prélèvement libératoire appréciable à 62 ans, si les marchés suivent.

Le rachat de trimestres offre un autre levier peu exploité. Son coût est déductible de l’IRPP dans la limite du plafond retraite, ce qui réduit la facture effective pour les contribuables imposés. Un trimestre racheté avant 60 ans coûte moins cher qu’après, selon le barème CNAV. La simulation via Mon Compte Retraite reste la seule façon de vérifier si l’opération est rentable dans une situation donnée.

Ce que les actifs 50-65 ans peuvent encore faire

À dix ou quinze ans de la retraite, la marge de manœuvre reste réelle, à condition d’agir sur des leviers précis plutôt que sur des produits génériques.

Récupérer son estimation indicative globale (EIG) sur Info Retraite est le point de départ. Ce document recense les trimestres validés régime par régime (CNAV, MSA, SSI selon les parcours), les droits AGIRC-ARRCO en points (valeur du point : 1,4159 euro en 2024) et projette la pension estimée à différents âges de départ. Beaucoup de futurs retraités découvrent à cette occasion des trimestres manquants récupérables, stages, périodes de chômage non cotisé, années d’études, avant qu’il ne soit trop tard pour agir.

Le cumul emploi-retraite intégral, ouvert depuis la réforme Borne 2023 sous conditions, permet à certains retraités de percevoir leur pension complète tout en reprenant une activité, sans plafond de revenus. Une option méconnue qui reconfigure l’équation pour les professions libérales ou les cadres consultants.

La retraite progressive, accessible dès 60 ans pour les salariés, autorise une réduction du temps de travail avec une fraction de pension versée immédiatement. Elle permet de retarder la date de liquidation définitive tout en réduisant la coupure nette.

43% des actifs misent tout sur leur pension. La pension sera là. Mais le niveau de vie qu’elle garantira dans vingt ans dépend de règles d’indexation que personne n’a encore écrites.

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