Votre future pension dépend d’une combinaison précise : votre statut professionnel, vos revenus cotisés et la durée de votre carrière. Ces trois variables ne fonctionnent pas de la même façon selon que vous êtes salarié du secteur privé, fonctionnaire ou travailleur indépendant. Ce guide présente les méthodes officielles appliquées par chaque régime, avec les paramètres en vigueur pour 2026.
Avant de lire : les montants cités sont des exemples indicatifs. Pour une estimation personnalisée fondée sur votre relevé de carrière réel, utilisez le simulateur M@rel d’Info Retraite.
Les trois leviers qui structurent toute pension
Quel que soit votre régime, trois paramètres pilotent le calcul :
- Le revenu de référence : pour les salariés du privé, c’est la moyenne des 25 meilleures années de revenus bruts annuels revalorisés, plafonnée au PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, fixé à 48 060 €/an en 2026 selon l’Urssaf). Pour les fonctionnaires, c’est le traitement brut indiciaire détenu lors des 6 derniers mois.
- La durée d’assurance : le nombre de trimestres validés dans l’ensemble de vos régimes. Ce nombre varie selon votre année de naissance et a évolué avec la LFSS 2026 : pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, la génération 1965 doit réunir 170 à 171 trimestres (selon le trimestre de naissance), et la génération 1966 et suivantes, 172 trimestres (circulaire CNAV 2026-07).
- L’âge de départ : partir sans avoir réuni tous vos trimestres entraîne une décote sur le taux de liquidation ; cotiser au-delà du taux plein génère une surcote.
Comprendre ce que signifie le taux plein et à quel âge vous pouvez l’atteindre est le préalable à toute estimation sérieuse.
Salariés du secteur privé : la formule officielle en détail
La retraite de base (régime général, CNAV)
La retraite de base des salariés du secteur privé est versée par l’Assurance Retraite (CNAV). Son calcul repose sur la formule suivante (source : lassuranceretraite.fr) :
Pension de base = SAM × Taux de liquidation × (Durée d’assurance / Durée taux plein)
- SAM (Salaire Annuel Moyen) : la moyenne de vos 25 meilleures années de revenus bruts annuels, revalorisées par des coefficients d’inflation. Chaque année est plafonnée au PASS de l’époque. En 2026, ce plafond est de 48 060 €/an.
- Taux de liquidation : 50 % au maximum, atteint si vous avez validé tous vos trimestres requis. Chaque trimestre manquant réduit ce taux de 1,25 point de pourcentage, dans la limite de 20 trimestres manquants (soit une décote maximale de 25 points, portant le taux plancher à 37,5 %). Inversement, chaque trimestre cotisé au-delà du taux plein génère une surcote de 1,25 %.
- Proratisation : si votre durée d’assurance est inférieure à la durée requise pour votre génération, la pension est réduite au prorata. Ces deux mécanismes — décote sur le taux et proratisation — s’appliquent simultanément.
Exemple illustratif (génération 1966, durée requise 172 trimestres) : un salarié partant à 64 ans avec 160 trimestres validés et un SAM de 30 000 €/an présentera 12 trimestres manquants. Taux = 50 % − (12 × 1,25 %) = 35 % ; proratisation = 160/172 ≈ 0,93. Pension de base ≈ 30 000 × 35 % × 0,93 ≈ 9 765 €/an, soit environ 814 €/mois bruts.
La pension de base maximale théorique est de PASS × 50 % = 24 030 €/an (2 003 €/mois bruts en 2026).
Pour aller plus loin, notre article détaille comment est calculée la retraite dans le privé avec des exemples par niveau de salaire.
La retraite complémentaire Agirc-Arrco
En complément de la retraite de base, les salariés du privé accumulent des points Agirc-Arrco tout au long de leur carrière. Chaque année, vos cotisations sont converties en points selon un taux d’acquisition défini par l’accord Agirc-Arrco. À la liquidation, votre nombre total de points est multiplié par la valeur de service du point, revalorisée chaque année (source : agirc-arrco.fr). Pour connaître votre capital de points, consultez votre espace personnel Agirc-Arrco ou le Compte Retraite Info Retraite.
La demande de retraite complémentaire est une démarche distincte de la retraite de base — les étapes et délais pour la retraite complémentaire méritent d’être anticipés plusieurs mois avant la date de départ.
Fonctionnaires : un calcul fondé sur le traitement indiciaire
Le régime des fonctionnaires d’État (Service des Retraites de l’État) et des agents territoriaux et hospitaliers (CNRACL) repose sur une logique différente du secteur privé (source : service-public.fr) :
- Traitement de référence : le traitement brut indiciaire détenu de manière continue lors des 6 derniers mois précédant la cessation des fonctions. Les primes et indemnités accessoires sont exclues de cette base.
- Taux maximum : 75 % du traitement de référence, acquis après une carrière complète selon la durée requise par génération.
- Coefficient de proratisation : en cas de carrière incomplète, la pension est réduite au prorata des trimestres validés sur les trimestres requis.
Exemple illustratif : un agent titulaire d’un traitement indiciaire de 3 200 € bruts par mois lors de ses 6 derniers mois (hors primes), avec une carrière complète, percevra 3 200 × 75 % = 2 400 €/mois bruts de pension de base.
Les fonctionnaires bénéficient également de la RAFP (Retraite Additionnelle de la Fonction Publique), un régime par points calculé sur les éléments de rémunération hors traitement indiciaire (primes, indemnités). Pour en savoir plus, notre article sur la retraite complémentaire fonctionnaire détaille le fonctionnement de la RAFP.
Travailleurs indépendants et professions libérales
Artisans, commerçants et auto-entrepreneurs (SSI)
Depuis le 1er janvier 2020, artisans, commerçants et auto-entrepreneurs relèvent de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), intégrée au régime général. Leur retraite de base est calculée selon les mêmes règles que les salariés du privé : SAM des 25 meilleures années, taux jusqu’à 50 %, proratisation par trimestres (source : info-retraite.fr).
Une nuance importante concerne les auto-entrepreneurs : la validation d’un trimestre est conditionnée à un seuil de chiffre d’affaires annuel (par exemple, 24 579 € pour les activités de vente BIC en 2026, selon l’Urssaf). Un micro-entrepreneur dont le CA reste en dessous de ces seuils peut cotiser toute une année sans valider de trimestre — ce qui peut significativement pénaliser la retraite finale.
Artisans et commerçants bénéficient également d’une retraite complémentaire SSI distincte de l’Agirc-Arrco, calculée en points selon les cotisations versées.
Professions libérales (CNAVPL)
Les professions libérales (médecins, avocats, architectes, experts-comptables…) cotisent à la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse des Professions Libérales (CNAVPL), qui regroupe dix sections autonomes : CIPAV, CARMF, CARPIMKO, CAVAMAC, CRN, etc. La retraite de base CNAVPL repose sur un régime par points propre à chaque section — différent de la formule SAM du régime général. La réforme de 2023 a aligné les paramètres d’âge légal et de durée d’assurance sur les règles communes, mais le mécanisme de calcul reste distinct.
Pour les professions libérales, seule une simulation personnalisée via M@rel ou auprès de votre section permettra une estimation réaliste.
Carrières multirégimes et situations complexes
Si vous avez exercé sous plusieurs statuts (salarié puis indépendant, ou agent public et salarié du privé), chaque régime calcule et verse la fraction de pension liée à la période cotisée en son sein. M@rel et le Compte Retraite Info Retraite agrègent automatiquement vos droits dans l’ensemble de vos régimes et représentent l’approche la plus fiable pour obtenir une vision globale.
M@rel et les simulateurs officiels
Les formules présentées ici donnent une structure de calcul — pas un chiffre garanti. Pour une projection personnalisée fondée sur votre carrière réelle, les outils officiels sont incontournables :
- M@rel (Mon estimation retraite) : accessible sur services.info-retraite.fr, ce simulateur agrège vos droits dans tous vos régimes à partir de vos données réelles. Connexion via FranceConnect (impots.gouv.fr, ameli.fr) recommandée.
- Le relevé de carrière : disponible sur votre compte Assurance Retraite, il liste chaque trimestre validé et les revenus retenus. À vérifier régulièrement, notamment après des périodes atypiques (chômage, expatriation, congé parental, temps partiel).
- Les simulateurs sectoriels : Agirc-Arrco propose son propre espace en ligne pour visualiser vos points complémentaires ; chaque caisse de professions libérales dispose d’un outil similaire.
Notre article sur le simulateur retraite 2026 fait le point sur les évolutions récentes de M@rel et les paramètres intégrés pour les pensions post-LFSS 2026.
Questions fréquentes
Peut-on partir sans décote même sans avoir tous ses trimestres ?
Oui. Quel que soit votre nombre de trimestres, vous partez automatiquement sans décote à partir de 67 ans — c’est l’âge d’annulation de la décote (service-public.fr). Attention cependant : la suppression de la décote ramène le taux à 50 %, mais si votre durée d’assurance est inférieure à la durée requise, la proratisation reste appliquée. Partir à 67 ans ne garantit donc pas une pension complète.
Ma pension est-elle calculée sur mon dernier salaire ou sur toute ma carrière ?
Pour les salariés du privé et les indépendants SSI, la pension de base est calculée sur la moyenne des 25 meilleures années — pas sur le dernier salaire. Pour les fonctionnaires, c’est l’inverse : c’est le traitement brut indiciaire détenu lors des 6 derniers mois de fonctions qui sert de référence.
Les années travaillées à temps partiel ouvrent-elles droit aux mêmes trimestres ?
Pas automatiquement. Depuis 2014, la validation d’un trimestre dépend du montant des revenus cotisés, et non des heures travaillées. Le seuil est de 150 fois le SMIC horaire brut par trimestre, soit 1 803 € par trimestre en 2026 (SMIC horaire à 12,02 €), ou 7 212 €/an pour valider 4 trimestres. En dessous de ce seuil, vous validez moins de 4 trimestres, voire aucun si les revenus sont très faibles.
La réforme des retraites de 2023 change-t-elle mon estimation ?
Oui. La réforme de 2023 a relevé l’âge légal à 64 ans et accéléré la montée en charge des trimestres requis. La LFSS 2026 a partiellement suspendu cette montée en charge : pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, les durées requises sont revues à la baisse pour les générations 1964 à 1968, avec une suspension jusqu’en janvier 2028. Les conditions du départ anticipé pour carrière longue ont également évolué (voir décret carrières longues 2026). M@rel intègre ces évolutions pour votre simulation.
Comment les périodes de chômage indemnisé sont-elles comptabilisées ?
Les périodes d’indemnisation chômage (France Travail) génèrent des trimestres assimilés, qui comptent dans votre durée d’assurance au même titre que les trimestres cotisés. Elles ouvrent aussi droit à des points Agirc-Arrco gratuits, attribués sans cotisation de votre part et dont la valeur unitaire est identique à celle des points cotisés en activité. Le volume de points attribués dépend du salaire de référence retenu et peut différer de ce qu’une même durée d’activité aurait généré.