Vous avez été reconnu inapte au travail par votre médecin ou le médecin du travail et vous vous demandez à quel âge partir sans perdre une partie de votre pension ? La réponse tient en un chiffre : 62 ans. Mais ce chiffre cache une distinction que beaucoup ratent et qui peut représenter plusieurs centaines d’euros par mois de différence sur votre pension.
La retraite pour inaptitude permet de partir à 62 ans avec le taux plein, quel que soit le nombre de trimestres validés. Aucune décote n’est appliquée, même si vous n’avez pas atteint la durée d’assurance requise pour votre génération. La formule de calcul tient toujours compte du nombre de trimestres cotisés.
62 ans : le seuil maintenu malgré la réforme de 2023
Quand la loi Borne de septembre 2023 a relevé l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, elle a laissé une exception explicite : les personnes reconnues inaptes au travail conservent le droit de partir à 62 ans au taux plein, sans condition de durée de cotisation. Deux ans d’écart qui comptent surtout pour les assurés nés à partir de 1968, soumis à l’âge légal de 64 ans en régime normal.
L’inaptitude est reconnue par le médecin-conseil de votre CARSAT sur la base d’un critère central : votre état de santé vous empêche de poursuivre toute activité professionnelle sans mettre gravement votre santé en danger ou votre taux d’incapacité permanente atteint au moins 50 %. Plusieurs catégories bénéficient d’une présomption automatique sans examen médical supplémentaire : les titulaires d’une décision de la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) attestant d’un taux d’incapacité d’au moins 50 % ou encore les assurés dont la pension d’invalidité de catégorie 1, 2 ou 3 arrive à terme à 62 ans.
Taux plein ne veut pas dire pension maximale
C’est le malentendu le plus courant et il coûte cher à ceux qui partent en pensant toucher une retraite « complète ». Le taux plein de 50 % signifie simplement qu’aucune décote ne réduit votre pension en fonction du nombre de trimestres manquants. La formule reste la même :
Pension de base = Salaire annuel moyen × 50 % × (trimestres validés / trimestres exigés)
Pour une personne née en 1964, la durée de référence est de 170 trimestres. Avec 135 trimestres cotisés, cette formule donne un résultat bien inférieur à la pension maximale théorique. Le minimum contributif existe pour ce cas : au 1er janvier 2026, il est fixé à 756,29 € brut par mois pour les assurés sans au moins 120 trimestres cotisés (MICO simple), et à 903,93 € brut par mois pour ceux justifiant d’au moins 120 trimestres cotisés (MICO majoré), revalorisé de 1,18 % sur un an. Le cumul toutes retraites personnelles confondues (base + complémentaire, tous régimes) ne peut dépasser 1 410,89 € brut par mois pour déclencher cette garantie.
En pratique, beaucoup de bénéficiaires de la retraite pour inaptitude se retrouvent autour de 900 à 1 200 € brut par mois, selon la durée de carrière effective et les salaires des 25 meilleures années. La retraite AGIRC-ARRCO complémentaire s’y ajoute selon les points accumulés, à la valeur du point fixée à 1,4386 € depuis novembre 2024.
Pension d’invalidité : la bascule automatique à 62 ans
Un salarié qui perçoit une pension d’invalidité de catégorie 1, 2 ou 3 voit son dossier basculer automatiquement en retraite pour inaptitude à 62 ans. La bascule est automatique, mais la CNAV doit être informée et le dossier de retraite déposé six mois avant cette date, faute de quoi le versement peut s’interrompre quelques semaines entre les deux régimes.
Cette transition concerne près de 900 000 personnes fin 2024 selon les données de l’Assurance Retraite, contre 600 000 en 2004. Deux pour cent de progression par an en moyenne sur vingt ans, ce qui traduit aussi l’augmentation des reconnaissances d’invalidité dans la population active vieillissante.
Comment faire reconnaître l’inaptitude : 4 étapes
Pour les assurés qui ne bénéficient pas d’une présomption automatique, la procédure suit quatre étapes :
- Certificat médical : votre médecin traitant établit un certificat détaillant votre état de santé, les pathologies diagnostiquées et leur impact sur toute activité professionnelle. Si vous êtes encore en poste, le médecin du travail peut joindre un avis d’inaptitude à tous postes.
- Dépôt du dossier à la CARSAT : le dossier complet comprend le certificat médical et les pièces d’identité habituelles. La caisse transmet au médecin-conseil.
- Expertise médicale : le médecin-conseil statue sur pièces dans la majorité des cas, sans examen physique. Il peut toutefois demander des examens complémentaires.
- Décision et dépôt de la demande de retraite : après notification de reconnaissance, déposer la demande en ciblant une date d’effet au premier jour d’un mois.
Le délai total oscille entre 4 et 6 mois selon les CARSAT régionales. Anticiper 5 mois avant la date souhaitée reste la règle. Passé 62 ans sans avoir déposé la demande, la pension n’est pas versée rétroactivement au-delà d’un an (délai de prescription annuel).
Ce que ça coûte de rater l’âge limite
L’objection revient souvent : « Mieux vaut attendre 64 ans pour avoir plus de trimestres et une meilleure pension. » Les chiffres racontent autre chose.
Un assuré inapte qui attend 64 ans au lieu de partir à 62 ans renonce à 24 mois de pension, soit 22 800 € non perçus à 950 € brut par mois. Pour que les trimestres supplémentaires validés entre 62 et 64 ans compensent ce manque à gagner, il faudrait que la pension augmente d’environ 40 € par mois ; or le maintien en activité professionnelle est par définition exclu pour un inapte. Le cumul emploi-retraite autorise une activité légère après liquidation mais les conditions d’aptitude médicale restent déterminantes.
Inutile de redouter la décote en cas d’inaptitude reconnue : elle est supprimée automatiquement. C’est la surcote (1,25 % par trimestre supplémentaire au-delà du taux plein) qui n’est plus accessible si l’on part à 62 ans sans avoir atteint la durée de référence complète.
| Critère | Départ à 62 ans (inaptitude) | Attendre 64 ans (âge légal) |
|---|---|---|
| Décote appliquée | Non (taux plein garanti) | Non (âge légal atteint) |
| Durée de versement supplémentaire | +24 mois de pension | Référence |
| Pension mensuelle brute estimée (135 trimestres) | ~950 € (base seule) | ~1 020 € (si 145 trimestres validés) |
| Gain total à 80 ans (espérance de vie médiane) | +22 800 € sur 2 ans d’écart | Pension légèrement plus élevée |
| Accès au minimum contributif | Oui, si pension calculée faible | Oui |
Les situations particulières : invalides, AAH, fonctionnaires
La retraite pour inaptitude au régime général (CNAV) n’est pas la seule voie. Les fonctionnaires relèvent du Service des Retraites de l’État ou des CNRACL pour les agents territoriaux et hospitaliers, avec des règles distinctes sur la reconnaissance d’invalidité. Les indépendants cotisent au SSI (ex-RSI), qui applique des critères similaires mais via un médecin-conseil propre.
Les bénéficiaires de l’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) à taux 80 % ou plus bénéficient d’une présomption d’inaptitude à 62 ans sans passer par l’examen médical-conseil. Leur passage en retraite pour inaptitude peut entraîner une baisse de ressources si la pension calculée est inférieure à l’AAH en vigueur (1 041,59 € par mois depuis avril 2026). Des aides complémentaires comme l’ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées) peuvent alors compléter.
Un rapport de l’IGAS de 2024 indique que les femmes représentent 58 % des bénéficiaires de la retraite pour inaptitude au régime général. Carrières fragmentées, métiers physiquement exigeants et peu rémunérés : pour ce profil, le minimum contributif est souvent le plancher effectif de la pension.
Simuler avant de décider : les outils disponibles
Avant de déposer un dossier, deux ressources officielles donnent une estimation du montant réel. Le simulateur Info Retraite (info-retraite.fr) produit une estimation indicative globale (EIG) qui tient compte de tous vos régimes, y compris AGIRC-ARRCO. L’espace personnel M@rel de l’Assurance Maladie donne accès au relevé de carrière et à l’historique des pensions d’invalidité. Croiser ces deux sources avant toute démarche auprès de la CARSAT réduit les surprises au moment de la notification.
62 ans, c’est l’âge auquel le temps restant à vivre pèse plus lourd que les trimestres à accumuler.